Diana est la princesse d’un royaume ancestral. Son père, le roi Arthur, interdit l’amour. Lorsque Diana tombe amoureuse de Lalo, il le bannit. Grâce à un bracelet magique, Diana voyage dans d’autres mondes, à la recherche de son bien-aimé. Ayant découvert que son père manipule ses décisions, elle doit affronter ses peurs et changer son destin.
Princesa Burro
Chili, 2026
De Cristóbal León et Joaquín Cociña
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
CONTE A REBOURS
Par quel bout commencer pour décrire un kaléidoscope ? La question s’applique aussi bien à l’imprévisible Princesa Burro qu’à la carrière de son duo de cinéastes. Où et comment les Chiliens Joaquín Cociña et Cristóbal León se sont-ils fait repérer pour la première fois ? Avant leur passage à la Quinzaine des cinéastes en 2024 avec l’énigmatique The Hyperboreans, ils avaient signé l’un des meilleurs films d’animation de la décennie, le stupéfiant La Casa lobo (sélectionné à la Berlinale en 2018), mais aussi des clips vidéo (dont I Inside the Old I Dying pour PJ Harvey), l’étonnant passage animé de Beau is Afraid d’Ari Aster et, étalés sur une quinzaine d’années, de nombreux courts en stop motion ressemblants à de rêves aussi angoissants que fascinants. Autant dire que l’on entre dans la salle de projection de Princesa burro sans aucune idée de là où ils vont nous emmener, et donc forcément avec l’eau à la bouche.
Comme face à un cocktail inconnu, il faut faire fi de l’étrange impression donnée par la première gorgée : les premières minutes du récit sont si confuses qu’on a l’impression de perdre le fil avant même de réaliser qu’on l’avait entre les doigts. Heureusement ce brouillard se dissipe vite et, si Princesa Burro ne devient jamais limpide à proprement parler, le charmant labyrinthe se suit avec plaisir et même émerveillement. Princes et princesses, malédictions et talismans, animaux enchantés et épreuves héroïques : les éléments de départ sont ici ceux du conte médiéval. Héroïne confrontée à un amour impossible et un père tyrannique, Diana se débat dans un monde aux splendides artifices mais trop étriqué pour elle. Cela tombe bien car elle hérite d’un bracelet magique lui permettant d’ouvrir la porte de mondes parallèles. Attachez vos ceintures.
Princesa Burro se découvre avec l’impression de lire un grimoire ivre où les pages de différents livres auraient été mélangées par mégarde, ou bien comme une délicieuse version bricolo-cartoon de La Bête de Bertrand Bonello. En révéler davantage sur le récit équivaudrait à gâcher d’importantes surprises. En revanche, ce que l’on peut et doit décrire avec louanges, c’est l’incroyable richesse visuelle de l’ensemble. Cociña et León ne filment ici que des scènes très courtes, et passent d’un univers esthétique à un autre avec une vitesse presque agaçante, mais que de beautés s’offrent à nous : la prise de vue réelle dans des décors à la théâtralité assumée (la forêt de Diana ressemble à celle de Kate Bush dans The Sensual World) se mélange au stop motion, des oiseaux bleus en 2D à la Blanche Neige sont directement superposés à l’image, des trucages désuets à la Cocteau côtoient des étonnants jeux de transparence (un squelette qui luit à l’intérieure d’une jeune fille !), des éclairages néons et des gimmicks de VHS. Princesa Burro possède sa part d’ironie, et même de folie, mais il n’y a pas de cynisme derrière le plaisir contagieux de ce chatoyant coffre à trésor qui rend autant hommage à l’histoire du cinéma qu’à la culture pop.
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par Gregory Coutaut
