Festival de Karlovy Vary | Critique : Petty Thieves

C’est l’été, et la saison touristique sur l’Adriatique bat son plein. Rio, jeune homme solitaire, gagne un peu d’argent en aidant en cuisine dans un hôtel local, mais il commet aussi de petits vols au détriment des visiteurs étrangers. Quand Andrea découvre ses vols, iels arrivent à un accord : voler ensemble et partager les profits.

Petty Thieves
Croatie, 2026
De Mate Ugrin

Durée : 1h49

Sortie : –

Note :

SOLEIL TROMPEUR

Petty Thieves, qui est la traduction anglaise littérale de son titre original croate Sitni lopovi, ne ment pas : le film s’ouvre directement par une scène de vol. Le long métrage va droit au but avec cette histoire dont le héros arrondit ses fins de mois en volant des touristes l’été, mais le film va pourtant se distinguer ensuite par son goût pour l’ellipse et le temps suspendu. Premier long métrage du Croate Mate Ugrin, dévoilé en compétition Proxima au Festival de Karlovy Vary, Petty Thieves fait montre, malgré ses faiblesses, d’un regard prometteur.

Rio est un petit voleur et voilà un type de personnage qui peut charrier un imaginaire de cinéma assez stéréotypé. Mate Ugrin déjoue ce paresseux cliché : Rio n’est pas qu’un mauvais garçon qui ne montrerait qu’un visage et un seul pendant tout le film. Rio n’est pas qu’un voleur. Rio fait un boulot ingrat d’été pendant que les autres sont en vacances, mais Petty Thieves n’est pas qu’un film sur les difficultés du monde du travail. Rio fréquente des lieux de cruising gay, mais son orientation sexuelle (qui n’est d’ailleurs jamais complètement nette) n’est pas ce qui va le définir non plus. Rio a une famille, avec ses problèmes, mais Rio n’est pas totalement seul. Ugrin a une manière de faire en sorte que son protagoniste ne soit pas facilement définissable, réductible à une facette en particulier, qui lui donne de la profondeur.

La profondeur du film vient aussi par la manière dont on s’enfonce dans son mystère. Petty Thieves peut être décousu, mais il en tire aussi une étrange dynamique. Si le film parvient à trouver son ampleur, il manque à nos yeux de concision et son heure cinquante finit par rendre le récit un peu trop pesant. Il y a pourtant ici une mise en scène atmosphérique inspirée (notons à nouveau le travail de l’excellent directeur de la photographie Ivan Markovic), ou encore ce contraste efficace dans la façon de dépeindre la marginalité sous le soleil enjôleur et le chant des cigales. Par-dessus tout, Petty Thieves privilégie les ambiguïtés à la pleine lumière, une précieuse qualité pour un premier film et pour un film tout court.

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par Nicolas Bardot

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