Festival de Neuchâtel | Critique : Histoires de la nuit

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée, dans une zone marécageuse. La famille est coupée du monde, à l’exception de leur voisine Cristina, artiste italienne. Alors qu’une fête surprise est organisée pour l’anniversaire de Nora, trois hommes surgissent autour de la maison, répandant malaise et tension chez les habitants du marais.

Histoires de la nuit
France, 2026
De Léa Mysius

Durée : 1h54

Sortie : 16/10/2026

Note :

DEUX SALLES, DEUX AMBIANCES

Au jeu des sept familles du cinéma de genre, la réalisatrice française Léa Mysius troque le récit d’apprentissage surnaturel (Les Cinq diables) pour du Home Invasion, ce type de récit sans éléments surnaturels mais au suspens éprouvant, où les protagonistes se retrouvent séquestrés dans leur propre maison. Ce que Mysius perd en imagination avec ce récit plus proche du film noir que du merveilleux, elle le regagne en clarté : là où Les Cinq diables partait délibérément dans beaucoup de directions différentes, Histoires de la nuit mise sur l’économie : un récit presque en temps réel entre une poignée de personnages seulement, dans un décor unique. Ou plutôt deux décors, ce qui n’est pas anodin.

Les codes du genre sont respectés et soigneusement présentés. Une maison évidemment isolée, des personnages archétypaux (une artiste peintre forcément intuitive, un fou qui s’avère plus clairvoyant que les autres), un filtre jaune un peu moche qui, ouf, laisse progressivement la place à des beaux bleus métalliques glacés (passer du jaune au bleu mériterait d’inclure ici le gif de Meryl Streep disant « groundbreaking » mais Histoires de la vie est effectivement de plus en plus beau à mesure que la nuit tombe autour des personnages), et comme nous sommes dans un film français, il était visiblement inévitable qu’on nous parle également du monde du travail, qu’il soit agricole ou citadin. Trop rares sont encore les films de genre de chez nous à oser se défaire entièrement de cette thématique, comme s’il fallait absolument qu’un film de genre fasse mine de parler de quelque chose de sérieux.

Qualité précieuse dans ce contexte de huis clos : Mysius gère efficacement rythme et tension, sans avoir recours à des facilités de type flashbacks (et ce sur près de deux heures, il fallait le faire). Le mérite en revient aussi aux différents interprètes, mais parmi ce casting de star, presque trop à la mode pour être honnête, c’est Alane Delhaye (le rôle titre de P’tit Quinquin, devenu une sorte de version française de Franz Rogowski) qui s’en tire le mieux. Chacun y va de son numéro plus ou moins attendu, au point qu’Histoires de la nuit devient davantage un film à acteurs qu’un pur film de genre.

Le résultat se suit avec beaucoup de facilité même si Mysius semble sans cesse aller et venir entre deux films : entre le drame accessible et une nervosité angoissante, entre la dignité des personnages et la cruauté nécessaire au genre, entre les dialogues psychologiques qui expliquent tout et une inquiétante étrangeté bien plus ambigüe. Sur ce dernier point, on aurait aimé que les espaces liminaux soient directement référencés dans la mise en scène plutôt que d’être bêtement abordés pour rien au détour d’une conversation, d’autant que la direction artistique est soignée. Plutôt frustrante à la longue, cette ambivalence trouve sa traduction la plus concrète dans le fait que l’action et les personnages sont, comme on le disait, étonnamment divisés entre deux décors, deux maisons collées l’une à l’autre. Quel très curieux parti pris scénaristique, finalement révélateur. Deux salles, deux ambiances, un comble pour un huis-clos.

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par Gregory Coutaut

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