Les jeunes parents Karl et Emilie se rendent en famille dans un hôtel au bord de la mer, où le couple prévoit d’annoncer le nom de leur enfant et ainsi de l’accueillir officiellement dans le monde. Cependant, la veille de la célébration, apparaît Vibeke, la mère de Karl avec qui il n’a plus parlé depuis plusieurs années.
The Guest
Danemark, 2026
De Mads Mengel
Durée : 1h40
Sortie : –
Note : ![]()
NON, FALLAIT PAS L’INVITER
Il serait injuste de reprocher à une industrie cinématographique son savoir-faire : oui, le Danemark sait composer ce genre de drame familial où le malaise s’invite à la table des festivités et où les non-dits secrètement glissés sous le tapis finissent par faire exploser les conventions sociales. The Guest, premier long métrage de Mads Mengel, fait indubitablement partie de ce sous-genre de cinéma. Évacuons ce qui constitue à nos yeux la principale limite du film : The Guest s’inscrit dans des codes formels et scénaristiques qu’on a bien identifiés et qui manquent de surprise. C’est vrai, mais cela n’empêche pas l’affaire d’être rondement menée.
The Guest s’ouvre par un plan à la fois mystérieux et éloquent : une voiture est lancée à toute allure mais la caméra filme en gros plan la languette métallique d’une ceinture de sécurité qui dépasse de l’auto et qui rebondit frénétiquement sur le bitume. On comprend plus tard qui peut bien conduire cette voiture, sans garde-fou ni peur du danger : Vibeke, l’invitée du titre… qui n’est pourtant pas vraiment invitée. Lorsque la matriarche arrive à la table d’un hôtel luxueux où s’est réuni le reste de la famille, tout le monde fait la même tête que si Bruno Retailleau s’invitait à votre mariage. Nous sommes dans un drame familial danois, et on sait en un plan que cette famille est passée par bien des épreuves. « La famille c’est la famille » dit platement l’un de ses membres afin d’éteindre le feu, mais les convives semblent à ce point d’inimitié qu’iels ne parviennent même pas à faire semblant.
La caméra mobile de Mads Mengels zoome et dézoome sur les visages comme pour saisir le chaos d’émotions qui traverse les personnages. Ce n’est pas un spoiler que d’indiquer que Vibeke est médicamentée, et que ses enfants font comme iels peuvent avec elle – près d’elle, ou le plus loin possible. Le récit évite assez habilement d’être monocorde et parvient à moduler le point de vue que l’on peut avoir sur les protagonistes. De même, le scénario parvient à examiner de manière vivante la façon dont Vibeke pèse sur les différentes dynamiques familiales, avec chacune leur spécificité. On croit voir venir des réconciliations à mi-film ? Ni les troubles mentaux ni les blessures familiales ne peuvent être soignés aussi vite.
The Guest est cruel, et sans mièvres concessions. C’est probablement la manière la plus honnête de traiter ses thématiques et ses protagonistes. Les coups de sang glacent l’atmosphère, les moments en apparence plus chaleureux ne perdent pas de vue ce qui échoue malgré tout. Si, comme on l’a dit, The Guest s’appuie sur un solide savoir-faire, il est transcendé par son actrice principale : la toujours excellente Trine Dyrholm, qui depuis 30 ans élève tous les films dans lesquels elle joue.
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par Nicolas Bardot
