Festival de Cannes | Critique : Irish Travellers

Le long d’une route oubliée, la famille O’Reilly vit dans une vieille caravane échouée au milieu des champs. Pa, Lisa et leurs dix enfants traversent les saisons dans ce fragile château de tôle, héritiers d’un mode de vie en sursis. Menacés d’expulsion, leur équilibre de fortune vacille mais ils résistent, fidèles à leurs traditions. Les enfants rient, les chiens aboient, la caravane tient encore, mais pour combien de temps ?

Irish Travellers
Irlande, 2026
De Alexander Murphy

Durée : 1h46

Sortie : prochainement

Note :

LES ENFANTS VONT BIEN

Quelques mois à peine après la sortie en salles de son premier film, Au-delà de Katmandou, le réalisateur franco-irlandais Alexander Murphy retrouve déjà les grands écrans avec la présentation en compétition à la Semaine de la Critique de ce nouveau long métrage tourné sous des latitudes bien différentes. Connaissez-vous les travellers irlandais ? Cette appellation désigne une communauté nomade de gens du voyage, victime de nombreux préjugés dans leur propre pays et de stéréotypes dans la culture populaire (vous voyez le personnage de boxeur irlandais de Brad Pitt dans Snatch ?). Une population que Murphy connait bien, ayant accumulé les images de ce documentaire pendant plus de cinq ans.

Irish Travellers n’est pas pour autant un reportage didactique. Murphy s’attache ici à une seule famille (certes nombreuse puisqu’elle est composée de dix enfants), sédentaire plutôt qu’en vadrouille (leurs deux caravanes semblent indéboulonnablement vissées au bord du même coin de route oublié), et particulièrement chaleureuse malgré leur précarité En effet, c’est la douceur qui frappe avant toute chose dans cette captation d’événements quotidiens où la caméra parvient à se faire entièrement oublier. Les événements graves (décès, prison) ne sont ni occultés ni soulignés, mais c’est toujours sur la réussite de cette famille aux enfants épanouis qu’est mis l’accent.

Tout public et particulièrement facile d’accès, Irish Travellers n’est pas naïf. Peut-être est-il un tout petit peu pittoresque, avec sa musique folk accueillante, sa lumière chaleureuse et ses touches d’humour (la réparation d’un générateur ressemble à un dialogue écrit par Ionesco). Les amateurs d’écritures documentaires nouvelles ou incisives prennent ici le risque de rester sur leur faim, et ceux qui ne sont pas attendris d’office par les enfants devront prendre leur mal en patience, mais la tendresse ici à l’œuvre ne doit pas pour autant faire oublier que Murphy réussit à éviter tout regard condescendant sur les membres de cette famille et parvient à conserver la dignité de chacun, tout en composant un portrait des dynamiques familiales allant à l’encontre des clichés d’un paternalisme viril et fier.

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par Gregory Coutaut

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