Armé de son appareil photo, Ignas pénètre dans son ancienne école laissée à l’abandon. Voici le point de départ de Class Photo, réalisé par le Lituanien Arnas Balčiūnas et présenté en compétition courts métrages à la Semaine de la Critique. Visuellement remarquable, ce court métrage emprunte ses motifs au film de fantômes pour raconter les souvenirs tremblants – personnels comme collectifs – et la mémoire bientôt effacée. Le cinéaste utilise son décor de manière ingénieuse et cinégénique dans ce film à la captivante dimension atmosphérique. Arnas Balčiūnas est notre invité.
Comment avez-vous trouvé et choisi ce lieu de tournage pour Class Photo ?
À travers la Lituanie il y a beaucoup d’écoles abandonnées, principalement parce que la population diminue, surtout dans les zones rurales. C’est un peu triste de voir combien de petites villes ont une rue appelée rue de l’École, qui n’accueille plus d’école. Comme la plupart de ces bâtiments ont été construits pendant l’occupation soviétique, ils ont tendance à se ressembler beaucoup. Nous avons choisi cette école en particulier parce qu’elle porte des strates historiques distinctes : une section remonte aux dernières années de la Lituanie de l’entre-deux-guerres, tandis qu’une autre a été ajoutée pendant l’ère soviétique. En conséquence, elle est exceptionnellement grande pour une école rurale, ce qui nous a permis de créer un espace qui ressemblait à un labyrinthe.

Cet endroit ressemble à une école fantôme, l’ami qu’Ignas rencontre ressemble d’abord à un spectre sans visage lorsqu’il apparaît : dans quelle mesure aviez-vous à l’esprit ces figures du film de fantôme pendant la préparation de Class Photo ?
Je ne pensais pas aux fantômes en soi, mais beaucoup à l’école comme un paysage de mémoire, qui représente le processus de souvenir d’Ignas. C’est un type d’histoire où le personnage voyage à travers le passé, comme s’il s’agissait des enfers, pour revenir avec une nouvelle connaissance de lui-même. Dans ce sens, j’avais en tête l’idée qu’Ignas était un peu comme Orphée et Domas comme Eurydice, juste sans tout le romantisme. Qu’est-ce qu’un fantôme si ce n’est un souvenir laissé quelque part, je suppose.

Comment avez-vous travaillé sur le son dans ce film très atmosphérique ?
Une chose qui a vraiment influencé le rythme du film était la réverbération des espaces vides, car chaque fois que les personnages voulaient parler, ils devaient attendre que l’écho de ce que l’autre personnage avait dit se termine. Cela a beaucoup contribué au tempo de leurs conversations. Dans la conception sonore, nous avons essayé de faire en sorte que l’école semble spacieuse, comme si le public lui-même était dans la pièce, plutôt que de simplement regarder une image plate. Cela a été abordé de manière très minimaliste, où les caractéristiques sonores de chaque pièce devaient être construites avec des sons atmosphériques très subtils.

Il y a justement quelque chose de très dynamique dans votre utilisation de la profondeur de champ. Pouvez-vous m’en dire davantage sur la façon dont vous avez souhaité utiliser les différentes perspectives offertes par cet espace ?
Nous voulions cadrer et capturer l’espace entier dans le plan, comme une manière de l’apprécier mais aussi de le préserver. En gros, faire la même chose qu’Ignas fait dans le film – dans le même plan, sa perspective s’aligne avec la nôtre. Les acteurs devaient compenser le mouvement que la caméra n’avait pas, utilisant d’une manière ou d’une autre les propriétés de chaque pièce pour s’y déplacer. Certains mouvements venaient naturellement des improvisations, d’autres étaient soigneusement construits.

Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?
Pour ce film en particulier, je me suis fortement inspiré de la manière de travailler de Mike Leigh, et j’ai intégré de nombreux éléments de sa méthode dans la mienne. Les acteurs et moi avons réalisé de nombreuses improvisations, à partir desquelles j’ai écrit le scénario. C’était une manière de travailler totalement nouvelle et excitante pour moi, qui s’est avérée assez difficile. Je me suis également inspiré de Theo Angelopoulos – par l’esthétique de ses films et la façon dont il savait utiliser le mouvement de la caméra et des acteurs pour voyager à travers le temps.
Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 27 avril 2026. Merci à Morta Verbickaite.
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