Les 15 meilleurs courts métrages du Festival de Rotterdam 2026

Pour les amateurs de courts métrages singuliers, le Festival de Rotterdam est l’un des points d’orgue de l’année, et comme à chaque édition, les différentes sélections de courts ont fait partie des moments forts du Festival néerlandais. De l’expérimentation abstraite à la comédie musical rap, du point de croix à la 3D, Le Polyester vous propose 15 découvertes passionnantes parmi les nombreux courts que nous avons vus sur place.



A Flock of Rotations, Jung An Tagen (Autriche)
L’histoire : Les motifs chromatiques scintillent et se multiplient, rétrécissant jusqu’à paradoxalement redevenir énormes. Les spirales synesthésiques plongent d’abord puis s’élèvent à l’infini, du moins en apparence.
Pourquoi on l’aime : Collaborateur de ses compatriotes Johann Lurf ou Rainer Kohlberger, le compositeur autrichien Jung An Tagen compose ici une animation expérimentale, abstraite et musicale. Dans un mouvement diagonal perpétuel, des pixels fous changent d’échelle et de couleur, créant un vertige chatoyant évoquant les illusions de l’Op art et les glitchs dun jeu vidéo vintage.



Acid City, Jack Wedge et Will Freudenheim (Etats-Unis)
L’histoire : Dans un futur dystopique toujours plus proche, Acid City flotte dans des eaux toxiques, livrée à elle-même. Mais sous le soleil brûlant, la ville tisse son propre tissu social.
Pourquoi on l’aime : L’étourdissant Acid City propose une science-fiction à l’imaginaire romanesque, qui investit l’espace vertigineux d’une ville. Le film jouit d’une énergie immersive tandis que la voix-off d’Ann Towney crée un contraste doux et enveloppant. Nocturne et rayonnant à la fois, Acid City se distingue également par le design de ses personnages à l’inventivité hétéroclite.
Retrouvez notre entretien avec Jack Wedge



The Apple Doesn’t Fall…, Dean Wei (Chine)
Lauréat du Tiger Short Award du meilleur court métrage
L’histoire : Le père, la mère et la fille jouent leurs rôles sans sourciller dans une chorégraphie qui ne laisse aucune place à la spontanéité, à l’affect ou à la rébellion. Chacun suit son propre script en désaccord et sans véritable interaction.
Pourquoi on l’aime : Déjà remarqué avec le brillant Extracurricular Activity (co-réalisé avec Xu Yidan et qui était l’un des merveilles de la Berlinale 2025), le Chinois Dean Wei signe le meilleur court de cette édition avec ce portrait familial chorégraphié comme une danse à la fois absurde et angoissée. Les rôles familiaux font partie d’une comédie grinçante où clownerie et violence se rencontrent – comme si des personnages des Sims étaient mis en scène par Bunuel.



Ashes and Echoes, Koraphat Cheeradit (Thaïlande)
L’histoire : Un jeune garçon se prépare avec son père tandis qu’ailleurs, deux soldats se languissent l’un de l’autre au bord d’une rivière.
Pourquoi on l’aime : Dans ce coin de jungle thaïlandaise, le temps passe différemment et les fantômes ne sont jamais loin. En mêlant minutieusement trois récits (deux fictions plus une partie documentaire où le cinéaste interviewe ses propres parents), tous hantés par la violence de l’histoire militaire du pays, ce collage sans frontière compose un cours d’histoire à la fois mélancolique et sensoriel, porté par une très belle photo.



El Cuerpo de Cristo, Bea Lema (Espagne)
L’histoire : Adela est convaincue que quelqu’un, ou quelque chose, la surveille constamment. Se sentant incomprise et ignorée par sa famille et le monde médical, elle cherche des solutions dans la religion et la spiritualité.
Pourquoi on l’aime : El Cuerpo de Cristo est l’un des films qui nous a le plus fait écarquiller les yeux lors de cette édition de Rotterdam. La réalisatrice espagnole Bea Lema signe en effet un fascinant tour-de-force avec cette animation qui mêle 2D et… broderie. Le résultat, entre douceur et malaise, est à couper souffle, traduisant de manière inspirée la terreur qui peut se cacher dans l’espace domestique ou public pour les femmes. 
Retrouvez notre entretien avec Bea Lema



Cul-de-sac!, Clyde Gates et Gabriel Sanson (Belgique/France)
Lauréat du prix qualifiant aux European Short Film Awards
L’histoire
: Une foule innombrable d’anges ouvriers, invisibles à l’œil humain, travaille sans relâche sur terre pour alimenter nos machines.. Un jour, lorsque certains d’entre eux tentent de s’échapper, une panne massive survient et le monde tel que nous le connaissons est plongé dans le chaos.
Pourquoi on l’aime : Cul-de-sac ! est co-produit par Scum Pictures qui était aussi à l’origine d’un des meilleurs courts de 2025 : Loynes du Belge Dorian Jespers. Le film de Clyde Gates et Gabriel Sanson est traversé par un même vent de folie étrange ; c’est un cauchemar triste, à la fois drôle et angoissant, qui se déroule dans un monde sans issue où même les anges sont perdus. L’un des sommets esthétiques de cette édition.



Domestic Demon, Anahid Yahjian (États-Unis/Portugal)
L’histoire
: Un poème visuel sur l’aliénation due au post-partum.
Pourquoi on l’aime : A partir d’un dispositif très épuré, l’Américaine Anahid Yahjian compose un journal intime très étrange dont le vocabulaire visuel se situe aux portes du film d’horreur. A travers une succession de superbes plans fixes, Domestic Demon ne donne jamais une vision d’ensemble et explore avant tout le ressenti de son héroïne. Ombres, silhouettes, détails domestiques anodins nous font partager une indicible inquiétude dans ce court minimaliste mais avec beaucoup de ressource narrative.



Happy Eyescream, Shiika Okada (Japon)
L’histoire : Quand Tsumire était jeune, elle idolâtrait son frère aîné, qui était toujours entouré d’autres filles, mais son affection était accueillie avec mépris. En grandissant, les traces de son comportement persistent.
Pourquoi on l’aime : Rappelant le style brut de Tulip-Chan réalisé par sa compatriote Saki Watanabe et sélectionné l’an passé à Rotterdam, Happy Eyescream de Shiika Okada utilise une animation techniquement « limitée » pour déployer en contraste son ambitieux récit. Cette fable sur les injonctions à la beauté est portée par le dynamisme de son trait vibrant, et son imagination WTF parvient sans cesse à surprendre.



Home is Where the Heart is, Timothée Engasser (France)
L’histoire : Alliant réalité virtuelle, photos de famille et conversations en studio, Home is Where the Heart is explore le passé de sa protagoniste, exposant la violence de l’inceste ainsi que l’énorme force nécessaire pour y survivre.
Pourquoi on l’aime : Dans cette sensible exploration du trauma, le Français Timothée Engasser use d’un langage inventif, tant formel que narratif, pour se mettre à l’écoute de sa protagoniste victime d’inceste. Celle-ci redessine la maison familiale – c’est un espace émotionnellement chargé, mais qu’elle se réapproprie tout en déambulant parmi les souvenirs. Que faire de ce passé hanté ? Dans son dénouement, Home is Where the Heart is suggère une possibilité aussi poétique que bouleversante.



Le mouvement tragique des sphères, Simon Rieth (France)
L’histoire : Le Mouvement tragique des sphères est un objet mystérieux dont la magie réside dans sa manière de révéler – à travers des images simples mais hypnotiques – le cycle de la vie, rien de moins.
Pourquoi on l’aime : Déjà remarqué à Rotterdam en 2024 avec le poignant court métrage 6000 mensonges, le Français Simon Rieth compose une vertigineuse allégorie sur le passage du temps à travers des images à la fois personnelles et communes à toustes : des photos de classe. S’ensuit un troublant voyage de science-fiction dans ce fascinant film qui, avec virtuosité et originalité, peut bien aller où il le désire.



The Next World, Grau Del Grau (Etats-Unis)
L’histoire : Une mère écrit à son enfant perdu de vue depuis longtemps, mais à chaque tentative les détails deviennent flous, des fils se perdent et le sens s’érode.
Pourquoi on l’aime : Un défilé de photos, une voix off, et une myriade de nuances traversées en une dizaine de minutes. Le message téléphonique d’une mère à son enfant semble d’abord sans rancune alors qu’il devient de plus en plus passif agressif sans qu’aucun mot ne change. Ce qui est communiqué et ce qui demeure incommunicable se mêlent en un mystère, aussi mystérieux que ces images qui reviennent, de plus en plus abimées, de plus en plus épuisées.



Orla, Marie Lukáčová (Tchéquie/Slovaquie)
L’histoire : Il était une fois, dans un royaume bordé de terres sauvages et enchantées, une fille vive d’esprit nommée Jasna qui combattit le terrible tyran Volk, avec l’aide inattendue de l’Aigle, le gardien de la forêt.
Pourquoi on l’aime : Imaginez une Caverne de la rose d’or musicale, et débarrassée de son kitsch – vous n’aurez qu’un petit aperçu de ce à quoi cet ovni tchèque peut ressembler. Orla est un conte chanté (rap, folk, eurodance, il y en a pour tous les goûts) et une fable féministe, à la fois en prises de vues réelles et en animation, qui utilise toutes les couleurs de son pot à crayons. Un film dont le gros appétit est particulièrement communicatif.



This is Your Captain Speaking, Nienke Deutz et Digna van der Put (Pays-Bas)
L’histoire : Voler tel un oiseau est l’un des plus anciens fantasmes de l’âme humaine. Un groupe de résident.es du même immeuble à Delfshaven explore les implications personnelles d’un tel rêve.
Pourquoi on l’aime : On a pu déjà beaucoup apprécier le travail de la Néerlandaise Nienke Deutz avec Bloeistraat 11 (couronné à Annecy) et The Miracle ; la voici associée à Digna van der Put pour ce film visuellement très différent. This is Your Captain Speaking est un film très doux, qu’il s’agisse de son design ou de sa musique. Une envolée onirique, enveloppante et esthétiquement inspirée : on s’élève en même temps que ses protagonistes.



Venezia Diorama, Nicolas Piret (Belgique)
L’histoire : Dans une série de planches animées, la ville de Venise prend vie. Elle lutte, s’effrite et se détériore lentement – un développement qui s’est silencieusement déroulé au fil du temps. Avec son style singulier et méticuleux, entièrement dessiné à la main et tirant pleinement parti des matériaux avec lesquels il travaille, Nicolas Piret parvient à capturer le processus d’érosion et la fragilité de nos villes.
Pourquoi on l’aime : Crayonnés sur des papiers délibérément froissés, les films de Nicolas Piret ont des faux airs de brouillons repêchés d’une corbeille. Or, il y a justement quelque chose d’émouvant dans ces animations minutieuses où un monde immense et fragile à la fois semble naître en direct sous nos yeux. Naître ou plutôt disparaître, car ici la technique d’animation fait s’effriter les vieilles pierres de Venise comme d’éphémères pissenlits, au fil d’un carnet de voyage fantomatique.



Wind Beneath the Wings, Sonja Tarokić (Croatie/Slovénie/Monténégro)
L’histoire : Anica, 60 ans, est en conflit avec sa fille et repousse tant qu’elle peut sa chimiothérapie en cours, tandis que son ex Vlatko (également 60 ans) erre dans la vie en buveur solitaire.
Pourquoi on l’aime : Dans ce court métrage explosif, porté par la tension d’un réjouissant chaos, la Croate Sonja Tarokić compose des portraits dont le relief malpoli est particulièrement précieux. Anica et Vlatko (impeccablement interprété.es) sont deux inadapté.es ? Mais comment s’adapter à ce monde là ? Wind Beneath the Wings est une comédie méchante à l’écriture sans condescendance, aussi mordante qu’intelligente.


Nicolas Bardot et Gregory Coutaut

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