Les 12 meilleurs courts métrages de la Berlinale 2026

La 76e édition de la Berlinale vient de se terminer et, comme à l’accoutumée, une bonne partie des œuvres les plus novatrices et passionnantes se trouvaient dans ses différentes sections de courts métrages : Berlinale Shorts, Forum Expanded, Forum Special et Generation. A celles-ci, ajoutons La Semaine de la critique de la Berlinale qui a repris certains de nos gros coups de coeur des mois précédents tels Loynes ou Au bain des dames. Particulièrement politiques, comme en ont témoigné les discours des lauréats lors de la cérémonie de clôture, les courts de cette liste ont utilisé des moyens contemporains et imaginatifs pour décrire le monde d’aujourd’hui et y ouvrir des portes de sortie.



• A Woman’s Place is Everywhere | Fanny Texier (États-Unis)
L’histoire : Après la mort de leur mère, deux sœurs jumelles risquent d’être expulsées du loft qui est leur foyer depuis plus de trente ans. Ce lieu est comme une capsule temporelle, rempli de strates de souvenirs.
Pourquoi on l’aime : Dans ce magistral travail documentaire, la Française Fanny Texier parvient en quelques scènes à faire un portrait de famille ample, ambitieux et passionnant. Ce chaleureux et élégant récit de sororité se heurte à la violence sociale – ici celle d’une gentrification qui balaie la mémoire. La cinéaste porte un regard extrêmement émouvant et précieux, à la fois sur les vies humaines malmenées et sur un lieu chargé d’histoires qui est amené à disparaître.



• Chuuraa | Evgenia Arbugaeva (Royaume-Uni)
L’histoire : Dans une région reculée de Sibérie, un scientifique autochtone sakha descend dans les profondeurs du pergélisol en train de fondre.
Pourquoi on l’aime : Nommée aux Oscar pour son précédent court documentaire Haulout (déjà sélectionné à la Berlinale), Evgenia Arbugaeva donne à voir des paysages uniques. Dans un coin de forêt du cercle arctique, une grotte est littéralement en train de fondre, prête à révéler ses secrets prisonniers de la glace. Les inquiétantes légendes locales et l’urgence climatique se confondent dans cette superbe descente aux enfers claustrophobe où la nature est filmée de manière stupéfiante et incarnée à la fois.



• Eeny, Meeny, Miny, Moe ! | Andrea Szelesová (Slovaquie/Tchéquie)
L’histoire : Yios, un garçon solitaire dont la tête brille comme un soleil, peine à se faire des amis parmi les autres habitants mythologiques des nuages.
Pourquoi on l’aime : Remarquée notamment avec son court Sisters (passé par Annecy et Clermont-Ferrand), la Slovaque Andrea Szelesová signe un film chaleureux dont les couleurs et la rondeur du design possèdent un charme irrésistible. Derrière de flamboyants emprunts à la mythologie grecque se cache la fable au pouvoir intelligemment allégorique d’un garçonnet qui rayonne trop pour les autres. Une réussite qui peut s’adresser à tous les publics.



• Les Juifs riches | Yolande Zauberman (France)
L’histoire : En Anglais, on dit « Rich, richer, the richest »… En Yiddish, on dit « Rach (ce qui veut dire riche), Miè Guizoukt (ce qui veut dire : pourvu que ça m’arrive à moi), A Ganèf (mais quel voleur !) ». Un film qui vous rendra presque juif…
Pourquoi on l’aime : Derrière ce sacré titre et ce résumé qui en révèle peu se trouve en réalité un portait collectif d’une grande amplitude et surtout d’un grand sérieux ,ou presque. Sur un montage de réceptions chics et de grandes fêtes privées, à la patine déjà fantomatique, la voix pleine de nuances de Zauberman raconte factuellement l’antisémitisme meurtrier qui a frappé les membres de sa famille. Passionnant et d’un ton insaisissable, le film s’offre par exemple le culot d’entrecouper cette litanie glaçante mais sans pathos de… quelques blagues juives.



• Kleptomania | Jungkai Qu (Chine)
L’histoire : Un vent violent souffle entre les immeubles mornes. Dans ce monde d’adultes, un garçon rebelle cherche sa voie et se heurte à la violence à chaque tournant.
Pourquoi on l’aime : Primé samedi soir à la Berlinale, Kleptomania est une énième preuve du talent visuel supérieur des jeunes cinéastes chinois. Jingkai Qu fait le récit initiatique d’un jeune garçon qui, inspiré par les dinosaures, les oiseaux et surtout les adultes autour de lui, apprend la violence qui régit les rapports à autrui. Une narration elliptique rehaussée par un point de vue formel très prometteur.



• Kontrewers | Zuza Banasińska (Pays-Bas/Pologne)
L’histoire : Le fantôme d’une jeune fille possédée, prisonnière d’une pierre depuis des siècles, rencontre la grand-mère de Zuza Banasińska âgée de 102 ans. Ce qui commence comme une apparition fantomatique se mue en un dialogue poignant.
Pourquoi on l’aime : Zuza Banasińska avait déjà réalisé l’un des films les plus surprenants de la Berlinale 2024 avec le génial Grandmamauntsistercat. Kontrewers est à peu près aussi étrange, et pioche dans le folklore merveilleux polonais pour ce récit dont la dimension est à la fois philosophique (sur la transmission de la mémoire entre générations) et physique (a-t-on déjà vu un corps, des mains et des bras filmés ainsi?).



• Miriam | Karla Condado (Mexique)
L’histoire : Une lettre filmée, adressée par la réalisatrice à sa tante, assassinée par son compagnon.
Pourquoi on l’aime : C’est une silhouette devenue fantôme sur quelques photos – la Mexicaine Karla Condado évoque l’assassinat de sa tante dans cette émouvante lettre filmée. Miriam est un film intime mais qui traite plus largement des féminicides, où les mots pudiques inscrits à l’écran prennent le relais quand la voix vacille. Tandis que sa mémoire pâlit, la réalisatrice brise le silence dans cet exercice cathartique à la mise en scène poétique.



• Plan contraplan | Radu Jude & Adrian Cioflâncă (Roumanie)
L’histoire : Dans les années 80, un journaliste américain documente les dures réalités de la vie en Roumanie socialiste. Les services secrets l’accompagnent clandestinement. Ce montage photo associe enfin ces deux points de vue opposés.
Pourquoi on l’aime : Le génial réalisateur roumain Radu Jude (Ours d’or avec Bad Luck Banging or Loony Porn) fait équipe avec son compatriote Adrian Cioflâncă pour ce court métrage qui explore avec esprit l’Histoire et sa mise en scène. Ces différentes perspectives suggèrent les récits cachés derrière des images frappantes, avec un silence magnétique qui développe un puissant sentiment d’intimité.



• Someday a Child | Marie-Rose Osta (Liban/France)
L’histoire : Dans un village libanais, un garçon doté de pouvoirs extraordinaires vit avec son oncle. Tandis que ce dernier tente de lui apprendre à avoir l’air « normal », le don du garçon devient impossible à contenir.
Pourquoi on l’aime : Lauréate de l’Ours d’or, cette fable à la mise en scène inspirée traite de la brutalité de la guerre qui envahit le monde de l’enfance. La Libanaise Marie-Rose Osta use d’une science-fiction minimaliste où un gamin découvre ses pouvoirs extraordinaires – mais comme l’a déclaré la cinéaste dans son poignant discours : « les enfants de Palestine ou du Liban ne devraient pas avoir besoin de superpouvoirs pour survivre à un génocide ».



• Stallion y la bola de cristal | Christian Avilés (Espagne)
L’histoire : Dans sa chambre sombre et silencieuse, un adolescent isolé, malade d’un désir brûlant, lance un sort. Alors que les hallucinations déforment sa réalité, une bulle menace d’éclater – quelque chose doit céder.
Pourquoi on l’aime : Déjà présent dans nos articles sur les meilleurs courts de la Berlinale 2023 avec La Herida luminosa, Christian Avilés atteint une nouvelle fois des sommets en formant des alliances inattendues. Superposant la banalité d’une chambre d’ado solitaire à une monde de sorciers gay, le film chevauche son balais et s’envole en équilibre entre cœur brisé et visions galvanisantes. Du cinéma queer magique et inventif.



• Taxi Moto | Gaël Kamilindi (Suisse/France)
L’histoire : Un réalisateur voit le tournage de son film annulé et part à la recherche de ce qu’il en reste, ailleurs, avec un autre acteur. Ce qu’ils cherchent ensemble n’est plus seulement un film, mais une réflexion sur les récits qu’on interdit et ceux qu’on se réapproprie.
Pourquoi on l’aime : Lauréat très mérité du Teddy Award (récompense décernée au meilleur film queer de la Berlinale), Taxi Moto démarre juste au coin de la rue, à la Flèche d’or, pour filer droit vers des horizons aussi inattendus qu’ambitieux. A la fois poignante esquisse d’un amour naissant et témoignage original sur la force du cinéma et l’importance des représentations pour se construire quand on est à la marge, Taxi Moto fut l’un des films les plus touchants de cette édition.



• L’Uomo più bello del mondo | Paolo Baiguera (Italie)
L’histoire : D’un homme décédé du sida, il ne reste aujourd’hui que 25 photos et un tabou familial. Afin d’en savoir plus, son neveu interroge deux sources radicalement différentes : sa mère, et le logiciel d’intelligence artificielle Google Vision Api.
Pourquoi on l’aime : Présenté dans le cadre du programme spécial de la section Forum nommé « AI REALISMS » mettant en valeur des œuvres courtes utilisant l’IA de façon critique, ce documentaire italien produit par Andrea Gatopoulos fut l’un des sommets de cette Berlinale. Face à une même poignée de photos, la mère du cinéaste évoque des souvenirs chaleureux tandis que la voix du logiciel de Google enchaine les interprétations cyniques et suggestions publicitaires les plus grossières. Un portrait impossible et pourtant émouvant, qui jongle entre vertige et grotesque.

Nicolas Bardot et Gregory Coutaut

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