Au fil des nombreux festivals couverts toute l’année par Le Polyester (une trentaine en 2025), nous avons pu faire des découvertes excitantes et remarquables. Malgré la riche offre de films dans les salles françaises, beaucoup restent inédits chez nous. Voici 10 pépites qui n’ont pas encore été montrées en France (du moins à notre connaissance) et qui ont particulièrement retenu notre attention.

• BLKNWS : Terms & Conditions| Kahlil Joseph (Etats-Unis)
Découvert à Sundance
L’histoire : Expérience cinématographique qui recrée les textures sonores d’un album de musique, ce film tisse fiction et Histoire dans un voyage immersif de 247 ans à travers la terre et la mer.
Pourquoi on l’aime : Avec sa manière d’obéir à une logique poétique de collage impressionniste, avec sa vision panoramique plus que linéaire, avec cette manière entêtante d’avoir l’air de parler d’absolument tout, BLKNWS : Terms & Conditions est un assemblage brillamment curaté avec un point de vue artistique fort.
Notre critique de BLKNWS : Terms & Conditions

• Desire Lines | Dane Komljen (Serbie)
Découvert à Locarno
L’histoire : Branko vit en marge de la société belgradoise. Insomniaque et isolé, il ne parle à personne. Sa seule obsession semble être son jeune frère, dont les chaussures boueuses, les draps tachés de sang et les obscurs déplacements le troublent. Branko suit ses moindres pas, miné par son étrange comportement. Alors que la paranoïa le gagne, Branko réalise que ce n’est pas son frère qui est étrange. C’est lui.
Pourquoi on l’aime : Entre magnétisme et aridité, le cinéaste Dane Komljen (qui n’a pas froid aux yeux) signe un rêve étrange et fascinant. La patience est ici récompensée par de visions fugaces mais très puissantes où les corps, les époques et les dimensions elles-mêmes semblent se superposer dans un mirage.
Notre critique de Desire Lines

• Donkey Days | Rosanne Pel (Pays-Bas)
Découvert à Locarno
L’histoire : Deux sœurs, Anna et Charlotte, se sont toujours disputé l’attention de leur mère. Alors que de vieilles blessures se rouvrent et les ramènent à la maison familiale, elles découvrent des secrets bien gardés, comme les cendres d’un anonyme et l’amour de leur mère pour un âne. Parviendront-elles à se réconcilier ?
Pourquoi on l’aime : Donkey Days nous met dans la même position qu’un.e conjoint.e se retrouvant à assister à l’engueulade absurde et disproportionnée de sa belle-famille ; parfois étouffante, cette expérience impudique et sans concession témoigne d’une sacrée personnalité de cinéaste. Un plaisir grinçant et rare.
Notre critique de Donkey Days

• Flophouse America | Monica Strømdahl (Norvège)
Découvert à CPH:Dox
L’histoire : Mikal partage une chambre de motel avec ses parents, enlisés dans la pauvreté et leur dépendance aux substances. Malgré ce contexte familial troublé et chaotique, le garçon travaille bien à l’école, est aimé et rêve d’une vie meilleure. Plus que tout, Mikal souhaite que sa mère arrête de boire. Mais quelles conditions doivent être réunies pour qu’une personne change véritablement ?
Pourquoi on l’aime : Monica Strømdahl filme des gens qui s’aiment, et se le disent, qui font de leur mieux même si c’est un échec. Cette empathie est une clef du film, et cela passe aussi par un regard honnête qui n’arrondit pas les angles. Flophouse America a des airs de Florida Project mais sans les couleurs, dans cette flophouse géante que sont les États-Unis d’aujourd’hui.
Notre critique de Flophouse America
Notre entretien avec Monica Strømdahl

• The Fruit | Li Dongmei (Chine)
Découvert à Rotterdam
L’histoire : Un jeune couple vit dans un petit appartement en ville. Lui gagne peu d’argent et elle est enceinte. À travers leurs brefs échanges et leurs moments de solitude, il devient clair que leur relation, sans s’en rendre compte, frôle le point de crise.
Pourquoi on l’aime : Révélée avec le déjà excellent Mama, Li Dongmei signe un récit à la fois extrêmement simple mais aussi énigmatique à force de silences, une formule qui peut rappeler le cinéma d’Angela Schanelec. The Fruit n’est pas qu’un film d’épreuves à surmonter, c’est aussi une œuvre qui donne finement à partager le quotidien de son héroïne, son intimité profonde et complexe.
Notre critique de The Fruit

• Human Resource | Nawapol thamrongrattanarit (Thaïlande)
Découvert à la Mostra de Venise
L’histoire : Travaillant dans les ressources humaines, Fren observe de près la vie des gens à travers les entretiens qu’elle fait passer à de nombreux jeunes nouveaux employés. Personne ne sait qu’elle est enceinte d’un mois et qu’elle lutte silencieusement pour décider s’il faut amener un enfant dans ce monde difficile.
Pourquoi on l’aime : Si les entretiens en ressources humaines constituent un formidable générateur de comédie malaise, il n’y a pas vraiment de quoi rire dans le monde dépeint ici. Cela pourrait être asphyxiant, mais il y a une grâce remarquable dans la mise en scène du cinéaste. Sans être un film à thèse, Human Resource parvient à composer un constat impitoyable sur la perte d’humanité.
Notre critique de Human Resource

• Im Haus meiner Eltern | Tim Ellrich (Allemagne)
Découvert à Rotterdam
L’histoire : Holle est une thérapeute qui s’intéresse à d’autres moyens d’aider les malades. Elle est contrainte de trouver un équilibre entre les exigences de sa vie professionnelle et celles de ses parents vieillissants et de son frère aîné atteint de schizophrénie.
Pourquoi on l’aime : Derrière son récit linéaire et simple, Im Haus meiner Eltern, par souci d’honnêteté, n’a pas peur d’être inconfortable. Le long métrage examine avec finesse comment le trauma peut redéfinir les dynamiques des rapports familiaux. In fine, qui sacrifie quoi ? La tentative de réponse est aussi puissante que cinglante.
Notre critique de Im Haus meiner Eltern

• Mailin | María Silvia Esteve (Argentine)
Découvert à l’IDFA
L’histoire : Mailin raconte à sa fille une histoire pour s’endormir, qui révèle la quête de la protagoniste pour retrouver la mémoire d’une enfance brutalement interrompue par le traumatisme.
Pourquoi on l’aime : Mailin raconte une histoire à la fois très intime (celle d’un traumatisme secret) mais aussi collective (les images de manifestations féministes devant le tribunal). C’est un voyage dans le temps et un récit intergénérationnel qui, avec une grande inventivité visuelle, accorde une place précieuse aux mondes intérieurs. Maria Silvia Esteve dépeint, entre grâce et fracas, la puissance de la résilience féminine face à la brutalité des hommes.
Notre critique de Mailin

• Primeira pessoa do plural | Sandro Aguilar (Portugal)
Découvert à Rotterdam
L’histoire : Mateus et Irene sont mariés depuis 20 ans. Ils vivent dans un appartement luxueux avec leur fils adolescent, dont le mode de vie chaotique et troublé contraste fortement avec le besoin obsessionnel d’ordre de Mateus. Pour fêter leur anniversaire, le couple prévoit une escapade sur une île tropicale. Après avoir reçu des vaccins pour le voyage, la nuit les laisse en proie à des frissons imprévus.
Pourquoi on l’aime : Mi-voyeuriste mi-fétichiste, le film pose ses questions : qui fantasme qui ? Qui mate qui ? La lumière est particulièrement remarquable et sculpte l’image pour la rendre ensorcelante. C’est une œuvre de pure mise en scène, de pure narration visuelle, hors du réel et de son protocole – le cinéaste parvenant, en même temps, à composer un récit qui subvertit en un stupéfiant mystère les conventions du portrait familial.
Notre critique de Primeira pessoa do plural

• Short Summer | Nastia Korkia (Allemagne)
Découvert à la Mostra de Venise
L’histoire : Katya, 8 ans, passe l’été avec ses grands-parents dans la campagne russe. Le temps semble s’arrêter, les adultes restent silencieux, et une guerre en arrière-plan détruit des vies. Pendant ce temps, les enfants grandissent et les nuages passent.
Pourquoi on l’aime : Nastia Korkia, avec une grande finesse, capte l’imperceptible. Si le film conserve une partie de ses mystères, il dépeint néanmoins le contrechamp de la guerre. Tout est dans le cadre, de droite à gauche, de haut en bas, à travers la profondeur de champ. Tout est là, et tout est à côté en même temps dans ce film qui révèle une grande réalisatrice.
Notre critique de Short Summer
Nicolas Bardot & Gregory Coutaut
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