Festival de San Sebastian | Critique : Mis muertos tristes

Ema, une médecin récemment à la retraite qui peut voir les morts, essaie de surmonter la décès de sa mère et ses problèmes personnels. L’arrivée de sa nièce Julie et le meurtre de trois adolescentes à Piedrabuena, un quartier périphérique marqué par la violence, déclenchent un phénomène étrange qui rompt l’équilibre fragile entre les vivants et les morts.

Mis muertos tristes
Chili, 2026
De Pablo Larraín

Durée : 3h07

Sortie : –

Note :

BAISE TES MORTS

D’analyses historiques radicales en flamboyants portraits d’icones féminines, la filmographie du prolifique cinéaste chilien Pablo Larraín continue d’avancer de manière joyeusement insensée sur les cases les plus imprévisibles. Parmi les fils rouges de cet intrigant jeu de l’oie, la morbidité n’était peut-être pas la dimension la plus immédiatement visible. Elle est pourtant présente en arrière plan au moins depuis Santiago 73, post mortem, jusque dans la dimension fantomatique de Spencer. Les frontières du réel, Larraín n’a pas attendu Mis muertos tristes pour les franchir puisque parmi ses toutes dernières œuvres ont trouvait déjà une comédie vampirique (El conde) et une adaptation de Stephen King (la série L’Histoire de Lisey).

C’est à nouveau sur ce format que l’on retrouve aujourd’hui ce créateur éclectique, même si la version de Mis muertos tristes (d’une durée de trois heures) présentée cette semaine en compétition au festival de San Sebastian est un remontage de la mini série du même nom. Il s’agit désormais d’un film, parlons en donc comme d’un film. Il y a certes une dimension presque feuilletonesque dans les aventures romanesques de cette poignée de personnages résidant dans la même demeure, mais le résultat offre suffisamment de variations et d’ambition pour couper court à tout sentiment anxiogène. Question d’écriture (il s’agit de l’autrice argentine Mariana Enríquez) mais aussi question de mise en scène. Si l’on a parfois l’impression que la caméra ne va pas pouvoir s’autoriser toutes les folies, Larraín fait preuve de ressource pour apporter un relief bien vivant à l’ensemble, telle cette idée étonnante de souvent filmer ses personnages en contre plongée.

Au milieu d’une banlieue quasi déserte et pourtant réputée dangereuse, plongée dans une perpétuelle demi lumière où la grisaille se marie au beige fané, règne avec poigne et répartie une vieille dame hors normes. Hors normes car cette infirmière de talent pourrait se vanter d’une vie consacrée à soigner les autres (mais passé un possible clin d’œil à la série de Lars Von Trier L’Hôpital et ses fantômes, tout ici se déroule plutôt en dehors du centre hospitalier), mais surtout car elle possède un don : celui de pouvoir communiquer avec les morts. C’est parfois tragique, souvent poignant, mais cela peut aussi être exaspérant, voire abracadabrant. C’est le cas lorsque déboule un jour chez elle une nièce oubliée qui, non contente d’avoir le même don qu’elle, décide de l’utiliser uniquement pour baiser avec des fantômes.

Comment vit-on avec ses morts ? Pablo Larraín a un éventail de réponses. Son film est tantôt très drôle, tantôt glaçant, passant de la sitcom à l’enquête policière toute en restant purement fantastique. Ses irrésistibles héroïnes, prêtes à insulter le moindre caïd qui se mettra sur leur chemin, ressemblent aux uniques survivantes d’un monde de zombies. Qu’elles sortent de chez elles et c’est une « mer de cris » qui leur arrive aux oreilles, celles de tous les laissés pour compte d’un pays gagné par « d’abord la peur, puis la haine et enfin le fascisme ». Mélanger ainsi avec aisance les échelles intimes et politiques n’est pas la moindre prouesse de ce film/série ambitieux et délicieux.

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par Gregory Coutaut

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