Critique : Mārama

Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angletterre Victorienne, Mary Stevens, une femme Maori en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Dans les couloirs lugubres apparaissent d’ancestrales visions et révèlent peu à peu un mystère terrifiant

Mārama
Nouvelle-Zélande, 2025
De Taratoa Stappard

Durée : 1h29

Sortie : 22/04/2026

Note :

ILS REVIENDRONT UN JOUR HABITER NOS MANOIRS

Quoi de plus familier qu’une maison hantée ? Dans le registre fantastique, on pourrait presque dire que la maison hantée occupe une position paradoxale : lieu de perte de repères pour les personnages, mais figure classique et attendue pour les spectateurs et lecteurs. Mary, la protagoniste de Mārama, en a fait du chemin pour arriver à cette maison. Son voyage a duré des jours, des semaines, comme si elle venait de l’autre bout de la terre. Ce qui est d’ailleurs exactement le cas puisqu’elle arrive de Nouvelle-Zélande. La durée du voyage ne lui a pas permis d’apprendre la nouvelle à temps : l’homme qu’elle venait retrouver est entre temps décédé. La voilà flanquée de quelques colocataires hostiles qui ont l’unique qualité d’être peu nombreux.

Gothique plus que terifiant, Mārama n’est pas de ses films fantastiques qui cherchent à tout prix à empêcher de dormir. Le manque d’ambition du film sur ce plan-là peut d’ailleurs être un peu frustrant et mériter un léger avertissement : on est est bien plus proche du drame inquiétant que de la séance de minuit. Au sursaut à tout prix, le réalisateur Taratoa Stappard privilégie ici l’atmosphère et surtout la direction artistique. Les amatrices et amateurs de manoirs cossus remplis de sombres secrets seront ravi.e.s. Dommage que l’image soit souvent si sombre que le film donne l’impression d’être vu à travers une paire de lunettes 3D. Est-ce par excès de zèle envers la reconstitution historique que les éclairages puissants ont été évités ? Pas toujours évident de s’immerger dans ce récit dans ces conditions de déchiffrage.

Ce n’est de toute façon pas dans la mise en scène (qui n’échappe finalement pas entièrement aux jump scares dans son dernier acte) que Mārama dévoile sa plus forte personnalité. La culture Maori, à laquelle appartiennent Stappard et son héroïne, est au cœur des enjeux du scénario. Toute héritière distinguée qu’elle soit, Mary est traitée comme une poupée fétichisée dans sa propre maison par des hommes blancs sûrs de leur bon droit et de la supériorité de leur culture. Moins qu’un film de fantômes, Mārama est surtout un film de vengeance traversé par la colère, une invitation féroce à effacer les réécritures de l’Histoire.

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par Gregory Coutaut

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