Après la disparition soudaine de son compagnon lors d’un été en Corse, Lou Colpé revient à Durnal. Leur maison, lieu tangible de l’absence, se mue en sanctuaire. Tout y devient trésor et rituel. Elle y filme ce qui se réinvente chaque jour : sa survie.
Comme un château fort
Belgique, 2026
De Lou Colpé
Durée : 1h23
Sortie : –
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AU FOYER
Tout débute par une fête. A moins que tout ne commence en réalité par un décès. La maison où la cinéaste belge Lou Colpé situe son film a l’air prête à accueillir à la fois des fêtes entre amis et une paisible solitude estivale, mais quelque chose cloche d’entrée de jeu. Les images de la soirée arrosée qui ouvrent le film n’ont pas de son (Colpé avoue que dans l’euphorie du moment, elle a oublié d’allumer le micro), il n’y a qu’un grand silence qui enveloppe cette bande d’amis. Le film ne fait pas longtemps mystère du drame à son origine. Colpé a hérité de cette maison familiale avec son compagnon, puis celui-ci est décédé. Contre l’avis de son entourage, elle décide de réinvestir cette maison, leur maison, et d’en faire un film.
Comme un château fort est donc littéralement un home movie, un film fait maison, sans matériel professionnel qui vienne rouler des mécaniques. Les images sont brutes, mais le sentiment d’immersion est doux, et l’exercice thérapeutique est humble. Dans sa forme, le film demeure d’une facture très modeste, mais cela ne veut pas dire que la réalisatrice manque d’idées. Passée cette étonnante scène d’introduction, le film fait en effet preuve d’un sens du décalage intrigant sur le rôle du silence dans le quotidien de la réalisatrice. Quelques scènes de fêtes où l’on chante des tubes sentimentaux viennent s’intercaler dans un catalogue de gestes quotidiens et solitaires où pas un mot ou presque n’est prononcé.
A l’inverse, la réalisatrice superpose des listes écrites directement sur l’image. Des listes de cadeaux reçus à l’enterrement, des choses qui la consolent, des maladresses entendues dans son entourage, etc. La seule voix entendue est celle des messages laissés sur répondeur par une amie dispensant ses chaleureux conseils depuis l’autre bout du monde où elle voyage. Isolée, le visage fatigué, Colpé ne se filme certainement pas comme une superhéroïne du deuil, mais à travers ce va-et-vient perpétuel entre chaleur et abattement, entre texte et image, entre l’espace domestique et le hors-champ, son film prend dans ses meilleurs moment la forme d’un possible mode d’emploi. Cette dynamique s’épuise à vrai dire à l’approche d’un dernier acte où la parole de Colpé se libère de manière plus directe, mais Comme un château fort conserve jusqu’au bout sa dimension attachante.
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par Gregory Coutaut
