Critique : House

Une lycéenne rend visite à sa tante malade en compagnie de six amies. Isolées dans une grande demeure perdue au milieu de nulle part, les jeunes filles assistent à d’inquiétants événements surnaturels une fois la nuit tombée.

House
Japon, 1977
De Nobuhiko Ôbayashi

Durée : 1h28

Sortie : 28/06/2023

Note :

UNE MAISON DE POUPEE

Le film le plus fou du monde ? On peut certes se méfier des superlatifs, mais dans la liste imaginaire des films les plus déments de l’histoire, House est un solide prétendant au titre suprême. A l’origine, quelques producteurs cherchent à reproduire le succès monstre, aux États-Unis, des Dents de la mer. Au bout du compte, pas de requin affamé, pas de panique sur la plage, mais quelques adolescentes, un chat blanc, et une maison hantée. Et ce n’est pas le seul détour qu’aura pris House entre l’envie de départ et l’ovni d’arrivée.

Au milieu des années 70, Nobuhiko Ôbayashi a réalisé quelques courts et a dirigé des spots de publicité. L’idée du scénario de House lui vient en partie de sa fille, Chigumi, alors toute petite, et à qui il demande ce qui lui ferait vraiment peur. Un reflet dans le miroir qui aurait sa propre vie, un futon qui s’attaquerait à elle dans son sommeil, répond la fillette. Puis, en se souvenant des séjours passés chez son grand-père : une horloge macabre, un puits inquiétant au fond du jardin, qui sert de frigo et dans lequel on plonge les pastèques pour qu’elles restent au frais. Autant d’angoisses qui seront adaptées dans le film. Pour sa part, le scénariste Chiho Katsura dit plutôt s’être inspiré de Walter de la Mare : l’écart des influences entre les écrits d’un romancier anglais et les frayeurs d’une gamine japonaise donne une bonne idée de la singularité de cet House. Résolument inclassable, House est isolé à la fin des 70’s, loin de l’âge d’or du fantastique de Nakagawa et bien avant la renaissance des fantômes à la fin des années 90.

La mise en place du film n’a pas été aisée. Entre le moment où le projet a reçu un ok enthousiaste de la Toho et le premier coup de manivelle, deux ans se sont écoulés. Mais pas deux années de perdues. Ôbayashi s’est fait la main sur 200 publicités, réutilisant ensuite tout ce qu’il a appris pour House. Surtout, une campagne de promotion un peu particulière s’engage. L’histoire du film, en attendant d’être portée à l’écran, devient un roman, un manga, des cartes à jouer, de la musique (la pop de Godiego que l’on entend dans le long métrage), et le buzz de cour de récré est lancé.

Nobuhiko Ôbayashi espère, lui, signer le film le plus déroutant possible. Quels choix de mise en scène offenseraient le plus Akira Kurosawa ou Yasujiro Ozu ? C’est une question qu’Ôbayashi avoue s’être souvent posé dans ce film qui ne ressemble pas tant à un pur film d’horreur qu’à un poème halluciné,  mixant des techniques modernes et anciennes. House est un conte cruel où certains effets spéciaux donnent l’impression d’avoir été effectués par des enfants. Le résultat est un trip flamboyant qui, malgré sa folie permanente, témoigne d’un chaos maîtrisé qui fait le sel particulier de ce grand film poétique.

Triomphe absolu en salles, l’über-psychédélisme de House n’était pourtant pas au goût de tous. Démoli ou ignoré par la critique, House fait la joie du portefeuille de son producteur, mais aussi sa honte, comme le confesse Ôbayashi. Son aura culte est pourtant en béton et aura traversé les âges. Nobuhiko Ôbayashi raconte d’ailleurs que le film a créé des vocations chez des cinéastes et critiques japonais qui l’ont découvert lors de leurs jeunes années, et House a tout simplement été élu film japonais préféré lors d’un vote organisé auprès de jeunes cinéastes de l’archipel dans la respectée revue Kinema Jumpo. Devant cet idéal de cinéma, rêverie incantatoire sous un éternel ciel de vanille, on ne peut que leur donner raison. House sort enfin dans les salles françaises ce 28 juin.

| Suivez Le Polyester sur Twitter, Facebook et Instagram ! |

par Nicolas Bardot

Partagez cet article