TIFF 2019 | Critique : Hope You’ll Die Next Time :-)

Eszter, 16 ans, est secrètement amoureuse de son professeur d’anglais. Un jour, celui-ci annonce son départ pour l’étranger, et Eszter reçoit un curieux mail de sa part…

Hope You’ll Die Next Time 🙂
Hongrie, 2018
De Mihály Schwechtje

Durée : 1h42

Sortie : –

Note :

LA JEUNE FILLE ET LES LOUPS

La cour du lycée d’Eszter est en permanence plongée dans une jolie lumière matinale un peu planante, où les couleurs douces (à commencer par celle de ses cheveux mauves) viennent bercer l’œil. Mais derrière cette ambiance rêveuse, le ver est déjà dans le fruit : dans le titre-même du film, qui commence par une menace de mort pour se terminer par un smiley. La plupart des garçons de la classe, du caïd le plus bas du front au garçonnet le plus timide, veulent coucher avec Eszter. Mais cette dernière s’en fiche joyeusement, car ce dont elle rêve en secret, c’est des beaux yeux du prof d’anglais. Tout le monde a l’air de s’accommoder de ce va-et-vient de tensions érotiques, mais lorsque le professeur en question annonce son départ précipité pour l’étranger, c’est comme si un compte à rebours se déclenchait et que les frustrations se mettaient à gonfler jusqu’à une catastrophe imminente.

Le lycée d’Eszter et de ses camarades est comme la scène d’un jeu de rôle grandeur nature, où tout le monde tente de se débrouiller sans être vraiment vraiment certain du rôle qui lui a été attribué et qu’il est censé jouer. Un monde où l’on cherche sa place en rejouant les codes classiques de l’adolescence : en se battant avec les gaillards pour montrer sa virilité, ou en apprenant une une chorégraphie girly (le tube kawaï Ponponpon de Kyary Pamyu Pamyu, improbablement exotique dans ce contexte). Inattendu et ambivalent, le format carré de l’image rappelle autant le format de série toc pour ados que celui de reportages télés ultra-réalistes. Ce qui est encore plus inattendu, c’est quand ce format change peu à peu en cours de route, comme le ton du film.

L’image s’élargit par moments pour accueillir sur les côtés les retranscriptions des conversations des personnages sur des messageries en ligne ou par sms. Au milieu de l’image : la vie publique au lycée. Dans la marge : ce qu’on se raconte en cachette, parfois anonymement. Deux types de jeux de rôles en parallèle, et en filigrane, de passionnantes questions : est-on davantage libre quand on est caché ? Est-on plus ou moins soi-même en ligne que dans la vraie vie ?

Cette dichotomie se retrouve dans plusieurs autres aspects de ce film décidément plein de surprises : dans la dextérité du scénario à passer d’un protagoniste à l’autre, dans son étonnant équilibre entre regard amusé sur ces rites ados et une réelle amertume. La moindre scène de séduction contient en elle le germe de la violence, de la moquerie cruelle ou de la manipulation. De la cruauté il y en a également dans la peinture pessimiste de ce qui attend ceux et surtout celles qui croient pouvoir échapper à l’attribution des rôles de genre. On en revient à l’ambiguïté du beau titre du film, dont le smiley ne cache qu’à moitié la violence. A son image, ce film étonnant est moins inoffensif qu’il n’y paraît.

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par Gregory Coutaut

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