Au cœur d’une petite cité-État chaotique dominée par une gigantesque raffinerie pétrolière, les hommes, tous armés, détiennent le pouvoir. Leur chef Nikos, gravement malade, doit organiser sa succession. Des tensions s’installent lorsqu’il inclut sa protégée, Maria, parmi les prétendants au trône. Le destin de cette jeune femme va basculer avec l’arrivée d’Eleni, une chanteuse qui va enflammer le bar de la ville et bien au-delà…
Gorgona
Grèce, 2025
De Evi Kalogiropoulou
Durée : 1h35
Sortie : 22/07/2026
Note : ![]()
MYTHE THE QUEENS
Si les mythes grecs continuent à faire partie de notre imaginaire et de notre langage collectifs, c’est qu’ils ont encore beaucoup de choses à nous dire. Or, si on les réduit souvent à des leçons de sagesse et de mesure, peut-être ont ils également une saine colère à nous transmettre. C’est le cas de la légende de la Gorgone, autre nom de la Méduse, jeune femme injustement transformée par l’épouse du dieu qui l’avait violée. Gorgona n’est certainement pas un péplum ou un film d’époque, mais celles et ceux qui avaient vu le précédent court métrage de la réalisatrice grecque Evi Kalogiropoulou Sur le trône de Xerxès (sélectionné à la Semaine de la Critique en 2022) savent que chez elle, la frontière entre le monde contemporain et l’époque antique est perméable.
D’ailleurs dans quel monde se déroule Gorgona exactement ? Cela ressemble au monde d’aujourd’hui, et pourtant ; cela ressemble à du cinéma de genre aux codes habituels pleins de testostérone, et pourtant. Dans un futur proche, les femmes n’ont plus d’autre rôle que celui d’esclaves et de monnaie d’échange entre gangs de gros bras. Lorsque l’une d’entre elles se rebelle et s’imagine en héritière d’un empire, on ne sait pas trop si elle est guidée par la foi d’une déesse d’autrefois où par la morgue cool d’une final girl sortie d’une VHS des années 80. Flingues, bastons, motos et filles sexy… dans ce terrain vague en bord de mer, Kalogiropoulou rassemble bien des codes du cinéma d’exploitation, mais file les armes aux filles, et ce n’est pas le seul contrepied à l’œuvre.
Kalogiropoulou multiplie les références au mythe de la Méduse et le public n’ayant qu’une familiarité modeste avec les détails de la culture antique risque de passer à coté de ce sous-texte historique. La manière dont la réalisatrice articule le sérieux du mythe avec la violence supposément jubilatoire du film de vengeance manque de cohésion mais aussi de rythme. Il serait étrange de reprocher à cette réappropriation queer et féministe son manque flagrant de moyens mais le film pourrait se permettre d’appuyer un peu plus sur le champignon pour rester toujours à la mesure de son fort capital sympathie. Il y a néanmoins un terrain sur lequel le film fait mouche sans faiblir, c’est dans sa direction artistique qui mélange passé et présent, réalisme et conte, folklores d’antan et néons d’aujourd’hui. Ici les cercueils débordent de fleurs tropicales, un poignard doré est un accessoire de danse avant tout. C’est finalement dans le grand écart que Gorgona retrouve son excitant relief : les corps féminins obéissent au male gaze et s’en détachent en même temps, une sorcière est une victime et un bourreau en même temps, la violence est à la fois une prison et une libération.
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par Gregory Coutaut
