Peu après le 7 octobre 2023, Anat retourne dans ce qui était autrefois sa maison. Elle erre et filme pendant plus de deux ans dans ce kibboutz incendié et sur des terres agricoles transformées en machines de destruction. Au-delà de la clôture, Gaza est anéantie.
Collapse (Face à Gaza)
France, 2026
D’Anat Even
Durée : 1h18
Sortie : 06/05/2026
Note : ![]()
Á VOIX HAUTE
« Comment véhiculer la parole des habitants de Gaza quand on n’est pas à leur place ? », « C’est impossible ». Cet échange a lieu entre les deux voix off qui accompagnent le documentaire Collapse (Face à Gaza), présenté dans la section Forum de la Berlinale. La principale est celle de la réalisatrice Anat Even, l’autre est cette de son ami Ariel, exilé à Paris. Deux voix israéliennes dissidentes et critiques envers leur pays. Anat Even a effectivement l’honnêteté intellectuelle de ne pas prétendre pouvoir se substituer à un témoignage palestinien sur Gaza. Son film est fait depuis son point de vue à elle, juste de l’autre côté de la frontière.
Dès 2023, la réalisatrice filme littéralement ce qu’elle connaît : le kibboutz Nir Oz, où elle a vécu toute sa vie et qui a été en grande partie détruit dans des attentats terroristes. Les images de Collapse sont brutes, soulignant la forme austère de ce témoignage qui n’a de toute façon pas le mauvais goût de courir après la beauté, mais le décor qu’Even filme demeure stupéfiant à plus d’un titre. De l’extérieur, certaines maisons ont l’air intactes et même accueillantes mais quand la caméra pénètre à l’intérieur il ne reste que des ruines. Ce n’est bien sûr rien par rapport au paysage qui se dresse à quelques pas : de l’autre côté d’un grillage absurde, Gaza n’apparaît plus que comme une immense ruine, une bande de destruction qui couvre tout l’horizon entre le désert et le ciel.
Documentaire exigeant, Collapse laisse une place importante à la découverte de ces espaces vides et morts. D’ailleurs il reste bien une survivante des attentats de Nir Oz, mais Even ne s’attarde pas sur elle et propose un autre portrait. Aux analyses et poèmes véhiculés par les deux voix off viennent s’ajouter des discours plus directs. D’abord celui, anonyme, des autocollants, graffitis et affichages sauvages accusant le régime israélien, puis celui en chair et en os des résidents. Si Collapse ne fait pas l’impasse sur certains discours sionistes glaçants, il véhicule surtout une parole plus rarement entendue, celles des Israéliens dissidents qui osent manifester en public et huer Netanyahu sur son passage.
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par Gregory Coutaut
