Critique : EAMI

Eami, 5 ans, est membre de la communauté Ayoreo Totobiegosode, dont la terre natale est envahie par des mercenaires blancs qui veulent brutalement rassembler les Ayoreo et les chasser de leurs terres ancestrales.

EAMI
Paraguay, 2022
De Paz Encina

Durée : 1h23

Sortie : –

Note :

EAMI MAGIQUE

EAMI débute par un plan fixe sans concession de huit minutes sur des œufs, ou plus précisément un nid, posé en pleine nature. Le cadre de la caméra ne bouge pas, figé dans une posture de captation respectueuse comme face à un animal sauvage ou à un secret. Pourtant, beaucoup de choses bougent à l’intérieur de ces huit minutes. Le temps défile, les heures, les saisons, les climats et leurs couleurs se succèdent, de même que les sons. Tandis que les bruits de la jungle se mélangent à des sons plus immédiatement contemporains, la voix off d’une fillette nommée Eami nous promet des légendes.

EAMI est le nouveau film de la cinéaste paraguayenne Paz Encina (lauréate du Prix Fipresci à Cannes en 2006 avec Hamaca paraguaya), qui pour ce faire s’est immergée dans la culture des Ayoreo-Totobiegosode, peuple nomade de la forêt amazonienne. Au lieu d’un documentaire ethnographique, Encina offre une fable à cheval entre fiction et documentaire, inspirée à la fois de la mythologie et de la réalité politique de ces populations déplacées.

A l’image de sa scène d’ouverture, EAMI laisse énormément de place à l’écoute et au hors-champ sonore. Encina filme le visage immobile de sa jeune actrice, les yeux fermés, en y superposant des enregistrements d’entretiens donnés par des membres de cette communauté. Les contes s’y mélangent au réel, les rêves aux souvenirs, les chants d’oiseaux aux cris humains. Le résultat est un panorama de sons dont la rêverie n’empêche pas toujours l’aridité. Si EAMI est en effet assez exigeant dans son dispositif minimaliste, il possède aussi le charme précieux d’une fable venue d’un ailleurs mystérieux.

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par Gregory Coutaut

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