Ding Mao, un employé de supermarché, fait accidentellement bouillir vivant le requin qui se trouvait dans l’aquarium du magasin. La même nuit, il découvre un ancien avis signalant la disparition de son père. Bientôt, des événements étranges commencent à perturber sa vie.
Atlantic Rhapsody
Chine, 2026
De Zhong Kaifeng
Durée : 1h42
Sortie : –
Note : ![]()
AUSSI PROFOND QUE L’OCÉAN
« Les enfants ont besoin de comprendre les principes du monde réel » : cette phrase prononcée au cours d’Atlantic Rhapsody ne manque pas de sel, car les principes du monde réel semblent être le cadet des soucis du Chinois Zhong Kaifeng. Son premier long métrage (présenté en première française au Festival de La Roche-sur-Yon) débute comme une comédie noire – tendance sanglante – qui prend très vite ses distances avec le réel. Les décors sont subtilement surréels, tandis que la structure du film obéit davantage à l’onirisme qu’à la logique. Et puis, dès le départ, le film s’ouvre par cette poétique incongruité : un requin (vivant) est enfermé dans un aquarium qui lui-même se trouve dans un supermarché. Mais est-ce si incongru ? Le cinéaste confie en effet qu’il a été inspiré par un fait divers dans lequel il était question… d’un requin enfermé dans l’aquarium d’un supermarché. Tracer une ligne nette entre le réel et l’imaginaire semble être peine perdue dans Atlantic Rhapsody.
Bon nombre de jeunes cinéastes chinois contemporains n’ont pas leur pareil pour investir des narrations oniriques – leur représentant le plus illustre étant probablement Bi Gan (Kaili Blues, Un grand voyage vers la nuit). Ce genre de tour de magie demande certes une maestria formelle, mais aussi un talent narratif. C’est notre principale réserve vis-à-vis d’Atlantic Rhapsody : le film fait le pari ambitieux d’une réflexion sur le passé et le présent, sur la mémoire et sa représentation sensible, mais le scénario est trop souvent nébuleux et souffre à notre sens d’un problème de construction.
Zhong Kaifeng, néanmoins, se distingue par un talent de mise en scène particulièrement prometteur. Il y a dans Atlantic Rhapsody une aisance formelle qui crève les yeux – une expression un peu trop brutale pour qualifier le pouvoir de séduction de ses cadres, son utilisation intelligente de l’architecture, son agencement exquis des couleurs. La lumière déclinante du soleil sur un papier peint abîmé peut ici être aussi expressive si ce n’est plus que le visage de personnages chez d’autres cinéastes. On peut saluer à cet égard le travail de la directrice de la photographie Jiayue Hao, qui s’était déjà illustrée sur le délicat Blue Summer.
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par Nicolas Bardot
