Un soir, Yu Jie rentre de son boulot et est renversé à moto. Étudiant à la fac et designer web, il a un père au chômage depuis trois ans, une mère qui parle à peine à son mari et se consacre entièrement à leurs enfants, et une sœur cadette qui entre tout juste dans l’adolescence. Le vieil homme responsable de l’accident est rongé par la culpabilité.
To Be Ordinary
Taïwan, 2026
De Lee Yun Chan
Durée : 1h52
Sortie : –
Note : ![]()
UNE VIE MOINS ORDINAIRE
Cinéaste rare (3 longs métrages en 20 ans, le précédent remontant à 2010), la Taïwanaise Lee Yun-chan fait son retour avec To Be Ordinary, dévoilé dans la compétition du Festival de Busan. Le début du film est immédiat : on suit le trajet nocturne puis l’accident d’un jeune homme, percuté par une voiture alors qu’il est à moto. Lee Yun-chan saisit l’atmosphère de nuit : un bâtiment, un coin de rue, quelques lumières, le bitume mouillé et brillant. Cette attention au décor se retrouvera tout au long de To Be Ordinary : les personnages s’inscrivent dans la ville, dans ses diagonales, dans son ombre. C’est une histoire dévastatrice ; c’est aussi, à l’échelle du monde, une simple histoire ordinaire.
To Be Ordinary dépeint, comme on peut s’y attendre, les conséquences physiques de cet accident sur son jeune héros, cloué à un fauteuil roulant. L’accident rayonne également sur tout un microcosme : il y a chacun des membres de la famille, mais aussi l’homme responsable du drame. Ce dernier, rongé par la culpabilité, propose une compensation financière et même d’héberger la famille dans un appartement qui lui appartient – Lee Yun-chan examine ainsi les dynamiques sociales d’une telle histoire. Comment ce drame intime s’imbrique dans le monde matériel, quels sentiments contradictoires un tel lien peut-il éveiller ? Ce sont de bonnes questions, même si le film ne les explore pas si profondément à notre sens, et que le récit d’abord placide finit par un peu aplatir l’ensemble.
Lors d’un brutal décrochage qu’on ne dévoilera pas, To Be Ordinary prend une autre dimension. La cruauté de ce destin rappelle un certain cinéma coréen sans peur et c’est ici que le film gagne en ampleur : à la fois par son culot narratif mais aussi son inspiration formelle plus radicale. Il y a du clair obscur dans ce récit familial, comme dans la lumière élégante de Lee Ming. Il peut même y avoir plus d’obscurité que de lumière. Derrière son apparence de politesse et de retenue, To Be Ordinary finit par dépeindre avec force comment la cellule familiale peut être totalement altérée : comme si les personnages à la fin du film étaient des étrangers pour ceux du début. Voilà une trajectoire qui ne manque pas d’ambition.
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par Nicolas Bardot
