Jin, 17 ans, n’a jamais quitté l’île où elle est née — un endroit sans route vers le continent, où la mer dicte tranquillement le rythme de la vie quotidienne. Quand Dujae revient pour les funérailles de sa grand-mère, il reste seul dans la maison qu’elle a laissée derrière elle. Jin commence à trouver des excuses pour lui rendre visite, et petit à petit, le voir devient une partie de sa vie de tous les jours.
The World Before
Corée du Sud, 2026
De Yoon Dan-bi
Durée : 1h55
Sortie : –
Note : ![]()
ADIEU MONDE CRUEL
Moving On, le précédent et premier long métrage de la jeune Coréenne Yoon Dan-bi, est resté inexplicablement inédit dans les salles françaises malgré un plébiscite important en festivals (gagnant à Busan, Rotterdam et aux 3 Continents) ainsi qu’une alliance entre sa subtile réussite et sa dimension grand public. Son nouveau film, The World Before, est d’une veine assez voisine, avec sa succession de non-événements apparents et sa manière de décadrer le portrait de famille. S’il est à nouveau question de famille dans The World Before, le portrait est moins collectif et se recentre davantage sur son héroïne adolescente.
Jin a 17 ans et n’a jamais quitté sa belle île. Elle s’y promène à vélo, salue une mamie qui lui est chère, s’endort. C’est le quotidien paisible d’une ado mais celle-ci est bientôt une adulte et va quitter « le monde d’avant ». La lumière du soleil est douce, le décor est paradisiaque, mais ça n’empêchera pas la brutale sortie de l’adolescence. Jin retrouve un garçon qu’elle n’avait plus vu depuis des années, et qui est revenu sur l’île pour les funérailles de sa grand-mère. Dujae est beau, Dujae a bougé de son île. Jin est restée là, et d’ailleurs « y’a quoi de mal à vivre ici ? » dit son père. Jin et Dujae ne sont plus vraiment dans le même monde et la première est indiciblement attirée par le second.
Il existe mille et un récits d’apprentissage avec en leur cœur une désillusion amoureuse, mais il existe aussi mille et un récits familiaux comme Moving On – ce qui distinguait ce dernier film, c’était le regard et la sensibilité de Yoon Dan-bi. Si The World Before nous paraît plus fragile, il confirme néanmoins la finesse de son autrice. Il faut un talent d’écriture pour tenir le rythme des non-événements, et y convoquer non-dits et tensions larvées. Le film pourrait avoir des partis-pris formels plus forts – on a parfois le sentiment que la réalisatrice ne se laisse pas toujours assez de temps. Son portrait de lose adolescente, avec la dimension pathétique qui la caractérise, est réussi et poignant. Poignante aussi est la façon qu’a Yoon Dan-bi de nous faire ressentir ce monde d’avant qui s’éloigne de Jin. Si elle et Dujae vivent désormais des réalités différentes, que leurs trajets ont été différents, ce sont leurs chagrins qui se rejoignent.
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par Nicolas Bardot
