Festival de Locarno | Critique : September Afternoon

Refusant d’admettre que l’été est fini, un couple part profiter une dernière fois des dunes et de l’eau de mer sur la côte. Mais les rafales du vent d’automne ne remplacent pas le doux soleil estival. Leur lutte désespérée contre les éléments qui s’acharnent ne sera qu’un bref intermède avant que la situation ne dégénère en un désastre d’une tout autre ampleur. Une catastrophe cosmique contemporaine.

September Afternoon
Allemagne, 2026
De Nicolaas Schmidt

Durée : 1h10

Sortie : –

Note :

SEUL(S) SUR LE SABLE

En 2021, le cinéaste allemand Nicolaas Schmidt présentait à Locarno First Time: The Time for All but Sunset – Violet, une œuvre de 50 minutes qui était à nos yeux le meilleur film de l’année, courts et longs mélangés. Autant dire que l’on attendait son retour avec beaucoup d’impatience. Il existe une forme de condescendance à penser que les cinéastes franchissent forcément un palier de qualité et d’ambition quant il « passent » au long, comme on dit. Cette théorie ne fait sens que pour celles et ceux qui ne voient que des mauvais courts, et elle est d’autant plus absurde dans le cas de Schmidt puisque, si September Afternoon est techniquement bel et bien son premier long métrage, il n’y a qu’une petite vingtaine de minutes de différence entre les deux films, qui partagent d’ailleurs beaucoup de points communs.

De nombreux films débutent, à la manière d’un roman, par une citation écrite sur un carton placé en prologue. Mais combien de films peuvent se vanter de débuter par une citation non-textuelle, d’un genre aussi spectaculairement inattendu qu’ici ? September Afternoon débute en effet par l’intégralité des trois minutes d’une véritable publicité du début des années 90 pour une marque de glaces. Des images vendant un hédonisme artificiel mais insubmersible au bord d’une plage paradisiaque et bondée, au son d’un tube sentimental de l’époque. Passé quoi, le récit débute réellement, le tout sans commentaire, explication ou modification. Entre art vidéo radical et Les Enfants de la télé, voilà sans doute le début de film le plus radicalement inattendu (et donc excitant) qui nous ait été donné de voir depuis longtemps.

Le reste du film ne partage avec cette introduction hallucinée qu’un décor : une plage. Celle-ci est déserte, baignée par la lumière voilée et le vent de septembre. Malgré cela, un homme, une femme et un enfant préparent une promenade que l’on devine habituelle vu leurs gestes machinaux. Aucune ligne de dialogue à l’horizon, leurs actions sur uniquement accompagnées d’une boucle musicale sans fin, une version instrumentale mélancolique d’Eyes Without a Face. Alors que le temps semble se mettre à passer étrangement pour ces personnages presque coupés du monde, voilà que leurs actions à priori simples (faire un sac de plage, monter une tente, manger une glace dans le vent) se retrouvent entravées, alourdies, comme des gestes faits en rêve, comme une sorte de mini missions impossibles. A proprement parler il ne se passe presque rien mais une ambiance très étrange se met à planer sur tout cela, et cela n’a qu’à moitié à voir avec les nuages qui recouvrent l’horizon.

La réussite remarquable de la mise en scène de Schmidt consiste à bâtir un film si ambitieux en utilisant comme pierres principales tout autre chose qu’une narration classique : c’est un travail chorégraphique à la tristesse qui crève le cœur, c’est un habillage visuel dont les artifices assumés sidèrent par leur grand écart (le film passe d’un voile sépia sublime à des plans étranges dignes d’un clip de karaoké), c’est une perte de repère temporelle et onirique qui transforme cette vignette minimaliste en diable en film catastrophe apocalyptique. Rêve ? Film dans le film ? Métaphore sur le deuil ? Autant être prévenu : September Afternoon conserve jusqu’au bout une sacré dose d’énigme. Au sein de cette œuvre inclassable qui, de loin, pourrait n’avoir l’air que d’un exercice arty, Schmidt parvient pourtant à faire surgir l’émotion. On sort bouleversé de cette rêverie hors normes sur cette famille ayant voulu continuer à croire à l’été de leur bonheur partagé.

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par Gregory Coutaut

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