Festival d’Annecy | Entretien avec Leo Černic

Dans une croisière intergalactique pour célibataires, divers personnages sont à la recherche de sexe, de plaisir, d’amour. Voici le point de départ du surprenant court métrage d’animation Cosmonauts, signé par le cinéaste d’origine slovène Leo Černic. Passé par la Berlinale avant d’être en compétition cette semaine à Annecy, Cosmonauts évoque le mauvais esprit à la fois absurde, tendre et irrévérencieux de Bill Plympton à travers un récit sexpositif, fantaisiste et mélancolique. Leo Černic est notre invité.


Comment l’idée de situer cette histoire dans l’espace s’est-elle imposée ?

J’ai toujours été fasciné par l’espace. Peut-être est-ce son immensité, le fait que je sois un grand fan des Cosmicomics de Calvino, ou juste mon ignorance à son sujet qui me permet de l’imaginer naïvement comme je veux et d’en déterminer les règles. L’espace convenait à ce genre d’histoire parce qu’il crée un joli contraste entre la densité, la physicalité et l’hédonisme du vaisseau et le vide absolu de l’espace, comme pour souligner un sous-texte mélancolique et poser une question au public : nos sexualités non conventionnelles peuvent-elles vraiment être considérées comme libres si elles n’existent que lorsque nous sommes cachés dans un coin reculé de l’univers, à l’abri de tout et de tous ?



Comment avez-vous abordé le design de ces personnages très différents ?

La conception des personnages est ma partie préférée de l’animation, donc c’était un pur bonheur et un vrai plaisir de devoir inventer des centaines de personnages bizarres, scène après scène. Comme je traitais du sujet de l’amour et de la sexualité, j’ai consciemment fait attention à les rendre aussi fluides que possible pour élargir la question de l’amour à nous tous.



Comment avez-vous trouvé votre équilibre idéal entre cette description de l’excitation sexuelle et la mélancolie qui la traverse ?

Ça s’est passé de manière très naturelle. Je pense que l’existence même d’une minorité apporte une sorte de mélancolie. Quand on parle de sexualité, cette mélancolie peut souvent être accentuée ou liée à des sentiments de honte, de solitude et de culpabilité – qui, paradoxalement, accompagnent pourtant les seuls moments où on se sent épanoui et comme notre vrai moi.



Pouvez-vous m’en dire plus sur la construction du récit, comment avez-vous assemblé (pendant le processus d’écriture ou le montage) toutes ces petites scènes pour créer Cosmonauts ?

Mon processus créatif est plutôt chaotique dans ses phases initiales. En général, après avoir une idée, un contexte, des thèmes et quelques personnages, je commence simplement à dessiner toutes les choses possibles qui pourraient se passer dans les limites que je me suis fixées. Des centaines de petites illustrations en sortent, ce qui m’aide à créer le monde de mon film et à esquisser l’histoire. Dans ce cas, vu les nombreuses intrigues qui se croisent dans un film relativement court, la collaboration avec la monteuse Iva Kraljević a été fondamentale, avec qui j’ai commencé à travailler dès la phase d’animatique.



Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Il y en a tellement. J’adore Federico Fellini, Paolo Sorrentino, Roy Andersson, Chintis Lundgren, Nikita Diakur, Nikolas Keppens, et beaucoup d’autres. J’adore quand des cinéastes essaient de trouver leur langage unique sans se prendre trop au sérieux, en maintenant une approche ironique.



Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 22 juin 2026. Merci à Luce Grosjean.

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