Festival d’Annecy | Entretien avec Diego Maia

Dévoilé en compétition au Festival d’Annecy, Lagune de l’abandon a pour protagonistes des aigrettes qui, au bord d’un lac menacé par un projet de construction, peinent à trouver un endroit où faire un nid. Le Brésilien Diego Maia signe une fable écologique visuellement inspirée, avec une utilisation remarquable du son et de la musique. Le cinéaste est notre invité.


Comment avez-vous eu l’idée d’avoir des aigrettes comme personnages principaux pour ce récit écologique ?

L’aigrette a été un symbole récurrent dans mon travail pendant de nombreuses années, et j’ai toujours été fasciné par sa symbolique. Quand j’ai commencé à développer le film, je voulais explorer le contraste que je perçois quand je regarde le lac Messejana. C’est un endroit incroyablement beau, mais en même temps il est entouré de négligence et de conditions précaires. Alors j’ai réalisé que l’aigrette pourrait devenir le point central entre la croissance urbaine et la nature.



Pouvez-vous me parler de la technique d’animation que vous avez utilisée pour Lagune de l’abandon ?

Le film est une animation numérique en 2D, mais chaque arrière-plan et chaque image a été peint à la main. Cela est étroitement lié au contraste que le film explore entre le technologique et l’empirique. C’est un film qui entretient un fort dialogue avec la peinture et le geste. Chaque tache, chaque coup de pinceau, et même chaque « erreur » a été réalisée par une personne, et je crois que cela donne vie au film.

Quels défis avez-vous rencontrés pour raconter une histoire sans dialogues ?

C’était l’un des aspects les plus difficiles du film, puisque j’ai choisi de montrer les aigrettes comme de vrais animaux, sans expressions ou comportements humanisés. À cause de ça, j’ai été très attentif à en faire la force active qui fait avancer l’histoire, plutôt que des personnages passifs qui réagissent juste aux événements. Le film repose aussi sur la fantaisie et l’action. Ça nous a aidés à ne pas nous perdre seulement dans la beauté et la douceur des images. En même temps, l’absence de dialogues permet d’élargir la communication. C’est beau de voir que, peu importe la langue, nos drames sont souvent les mêmes.



Pouvez-vous m’en dire plus sur votre utilisation du son et de la musique ?

Pour moi, c’est l’un des aspects les plus importants du film. C’était aussi la partie du processus où j’ai eu l’occasion de collaborer avec d’autres artistes. Messejana est un quartier qui s’est développé à partir de colonies indigènes autour du lac. Même si le film se déroule en 2040, je voulais que cette présence ancestrale se ressente d’un point de vue plus subjectif. Pour la musique, j’ai invité les mêmes producteurs qui ont travaillé sur mon premier court métrage, Barra Nova — João Victor Barroso et Victor Cozilos. J’ai également invité Marta Aurélia et Éden Barbosa, des artistes dont la recherche sur les rythmes afro-brésiliens et les chants indigènes est vraiment remarquable. Nous avons combiné des rythmes de Maracatu et des chants festifs indigènes avec des éléments contemporains comme les guitares électriques et les synthétiseurs. João Victor a également intégré des flûtes traditionnelles de Maracatu dans la bande-son.

Le design sonore est aussi assez unique. Il a été réalisé par Lucas Coelho, avec l’aide au montage de Letícia Belo. Le son sur le lieu a été enregistré directement au lac Messejana, ce qui a permis de préserver l’authenticité du paysage sonore local. En même temps, le mixage et les effets sonores font évoluer cette réalité, en s’inspirant des animes et des films de science-fiction. Nous avons aussi eu la chance de collaborer avec Tres Sonido en Argentine, qui a créé une piste de bruitage très sensible et nuancée pour le film.



Qui sont vos cinéastes favoris et/ou qui vous inspirent ?

Isao Takahata, Hayao Miyazaki et Satoshi Kon sont mes réalisateurs préférés, mais je pourrais en citer beaucoup d’autres qui m’ont également fortement marqué, comme Sébastien Laudenbach, Sylvain Chomet, Michaël Dudok de Wit et Mamoru Hosoda. Ale Abreu est aussi un réalisateur que j’admire profondément et qui a été une grande source d’inspiration. Le Garçon et le monde est l’un des plus beaux films que j’aie jamais vus, et il a certainement inspiré de nombreux réalisateurs d’animation brésiliens. J’apprends également beaucoup du cinéma en prise de vue réelle. Je suis particulièrement inspiré par les films de Pedro Diógenes et Guto Parente, deux réalisateurs de mon État d’origine. Leurs films dépeignent notre réalité de manière très contemporaine et moderne, et leur travail a été une influence importante pour moi.


Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 18 juin 2026. Merci à Estelle Lacaud.

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