Critique : La Chaleur

Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaitre au grand jour ?

La Chaleur
France, 2026
De Sréphane Demoustier

Durée : 1h32

Sortie : 08/07/2026

Note :

ÇA BRÛLE

Choper des meufs sur les applis, choper des meufs en faisant du surf, ça ne semble pas trop intéresser Marouane. Marouane a 17 ans, est plutôt du genre solitaire, et ses vacances ressemblent à celles de plein d’ados dans le décor familier d’un camping estival. Mais l’été du jeune homme bascule brutalement lorsqu’il se retrouve responsable malgré lui de la mort d’un autre jeune vacancier. Cet événement extraordinaire prend un relief encore plus fort dans un tel contexte – car ces vacances, on croit les connaître par cœur, comme les allées de ce camping dans les Landes. Après l’ambitieux vertige raconté dans L’Inconnu de la Grande Arche, le Français Stéphane Demoustier semble revenir à une plus petite échelle – même si l’architecte visionnaire de L’Inconnu et l’ado effacé de La Chaleur sont réunis dans le malheur : le ciel leur tombe sur la tête.

Stéphane Demoustier adapte le roman très remarqué du tout jeune auteur Victor Jestin, paru à la rentrée littéraire de 2019. Le livre est raconté à la première personne, ce qui permet d’avoir toujours accès à l’intériorité du protagoniste. Il y a un certain défi dans cette adaptation dont le héros est naturellement taiseux et qui se retrouve glacé par ce drame. Ce pari est assez réussi, et l’angoisse ressentie par Marouane parvient à être communicative. La Chaleur peut également compter sur la qualité de son casting (le débutant Hadrien Hussein en tête), toutes et tous très crédibles dans des rôles d’ados pas complètement cuits.

La solitude de Marouane est différente de celle d’Otto dans L’Inconnu de la Grande Arche, mais c’est une solitude quand même. Au tout début de La Chaleur, des jeunes se précipitent à l’eau, des cris de joie jaillissent des fortes vagues. Là ou au bord de la piscine, Marouane reste spectateur. « Faut profiter, c’est vos meilleures années », lui dit-on comme si c’était une évidence. Mais tout est lourd pour Marouane, et ceci est souligné par le fait que tout semble léger pour les autres. La Chaleur emprunte au film noir – mais en short, sous le soleil. Il explore le sentiment de culpabilité de son jeune héros. Les mouvements fluides et lents de la caméra nous racontent que quelque chose plane sur le camping. Un énorme bloc de béton est sur la plage, en étrange contrepoint de tout ce qui peut être caché autour. Mais ce suspens est un prétexte au subtil portrait d’adolescence réalisé par Demoustier, et plus précisément un portrait de l’angoisse propre à l’adolescence – a fortiori celle que subissent les ados d’aujourd’hui. Parfois appliqué (notamment dans ses dialogues de fin), La Chaleur reste efficacement mené et parvient à faire ressentir ce qui gronde sous le ciel bleu.

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par Nicolas Bardot

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