Clarissa, femme du monde, prépare une réception dans sa maison de Lagos, au Nigeria, où elle retrouve de manière inattendue des amis de jeunesse. Au fil de cette nuit, leurs souvenirs communs refont surface : relations complexes, amours passionnées, désirs enfouis et aspirations perdues nourrissent une confrontation douce-amère avec le passé.
Clarisssa
Nigéria, 2026
D’Arie Esiri et Chuko Esiri
Durée : 2h05
Sortie : prochainement
Note : ![]()
REGARDE LES RICHES
Révélés à la Berlinale il y a six ans avec Eyimofe, This is my Desire, les frères jumeaux nigérians Arie et Chuko Esiri présentent leur nouveau long métrage à la Quinzaine des Cinéastes, une adaptation de Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Peut-être devrait-on parler de transposition plutôt que de simple adaptation, car le récit change ici entièrement de contexte, passant du Londres d’après-guerre aux quartiers bourgeois de Lagos où, malgré le confort environnant, ni l’ombre de Boko Haram ni les séquelles du vécu colonial ne sont entièrement oubliés.
Femme aisée, Clarissa organise une réception où sont attendues de nombreuses personnes d’importance : intellectuels, militaires, aristocrates oisifs et peut-être bien même son ancien amant. Comme dans le roman d’origine, la succession de tâches plonge l’héroïne éponyme dans les souvenirs, notamment ceux d’un amour de jeunesse précédant le mariage de raison dans lequel elle se trouve aujourd’hui. La bonne idée des frères Esiri et de ne jamais mettre en scènes ces flashbacks de manière différente que les scènes appartenant au présent, traduisant ainsi la perte de repère et la superposition des couches temporelles caractérisant le courant de conscience de Woolf.
Tourné dans les intérieurs et les accueillants jardins d’une propriété cossue, Clarissa montre un visage rarement entraperçu chez nous de la société nigériane. D’une langueur très élégante, le film donne également à voir un angle différent du cinéma nigérian, trop souvent réduit aux différentes facettes de son cinéma de genre. Récit choral tout en respirations, composé de micro événements, où se croisent une galerie de personnages échangeant sur la littérature ou la politique, le film pourrait presque avoir l’air un peu guindé au premier abord.
Or c’est justement derrière ces apparences que se trouve le nerf du film, dans la vanité de cette bulle de luxe habitée par des gens qui se croient au mieux coupés du monde, au pire capables de devenir maitres des situations (qu’elles soient sociales ou amoureuses). Pas besoin de tendre l’oreille bien loin pour saisir la violence sous-jacente dans cette garden party où le problème le plus grave semble être qu’un des poteaux de la pergola n’est pas bien droit. Au cœur de cet ensemble chic, au rythme agréablement funambule, l’actrice britannique Sophie Okonedo fait des merveilles, apportant un mélange de nervosité, de mélancolie et d’humour sec à chacune des ses apparitions.
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par Gregory Coutaut
