Une jeune Chinoise grandit de ses 6 ans à ses 18 ans entre trois familles, qui lui donnent chacune un nouveau nom et une nouvelle vie. En quête d’appartenance et d’amour, elle doit affronter le poids de son passé et l’incertitude de son avenir, jusqu’à ce qu’elle trouve sa propre voie.
La Deuxième fille
Chine, 2026
De Zou Jing
Durée : 2h08
Sortie : prochainement
Note : ![]()
NOTRE PETITE SOEUR
Filmée depuis sous la surface, une fillette se débat dans l’eau. Barbote-t-elle par jeu ou bien est-elle en train de paniquer ? On ne lui a sans doute pas demander son avis avant de la mettre à l’eau puisque, comme on ne tarde pas à l’apprendre, on ne lui demande son avis pour pas grand chose. Dans son efficacité discrète, le scénario n’a besoin de surligner ni les événements dramatiques qui arrivent et qui s’en vont aussi vite, ni les indices sur la situation familiale de l’héroïne. Qualifiée de « petite diablesse » avant même d’être appelée par son prénom, la jeune héroïne de La Deuxième fille est avant tout une « batarde » et on ne tarde pas à le lui rappeler les yeux dans les yeux.
Elle possède donc une famille, mais est-elle vraiment à égalité avec les autres membres qui la composent ? Elle possède bien sûr un nom, mais personne ne l’utilise vraiment pour l’appeler, et de toute façon elle ne va pas tarder à en changer. Une tragédie vite balayée sous le tapis va la contraindre à changer de famille, de ville, de patronyme. Ce qui ne change pas c’est l’horizon social autour d’elle : même si elle est sans doute trop jeune pour pouvoir l’articuler, elle voit bien que, ni dans les lieux publics ni dans les foyers, il n’existe d’espace de liberté et de libre arbitre pour les femmes, toujours soumises aux jugement d’autrui. La jeune héroïne est ballotée et reléguée davantage que choyée, mais lui viendrait-il l’idée de s’en plaindre puisqu’il ne semble pas y avoir d’alternative imaginable, même alors que les années passent ?
La cinéaste chinoise Zou Jing, qui signe ici son premier long métrage après avoir été primée à la Semaine de la Critique en 2021 avec son court Lili toute seule, fait déjà preuve de personnalité dans sa manière d’allier un récit parfois dur à la Rémi sans famille et une mise en image au contraire toujours baignée d’une apaisante douceur. Le soin apporté à la lumière et à la direction artistique participe activement à apporter en contrepoint une dimension chaleureuse, mais celle-ci n’est pas qu’une question de mise en scène.
A chaque fois que l’on pense avoir fait le tour de ce que La Deuxième fille a à nous offrir, que ce soit en terme d’émotion, d’image ou de commentaire social, des rebondissements narratifs viennent redistribuer les cartes. A mesure que l’héroïne devient jeune adulte et se retrouve parachutée dans des situations imprévues, le film gagne en souffle romanesque. On est parfois proche du mélo, mais sans naïveté, car chaque nouveau parlier apporte, avec une dose d’absurdité amère, la confirmation que la famille est quelque chose d’impossible à définir et que nul ne peut se vanter d’en maitriser les règles. Porté par la performance de Li Gengxi, déjà repérée l’affiche de Résurrection, La Deuxième fille nous emporte en même temps que ses personnages dans une vague d’émotions que l’on n’avait pas anticipée et à laquelle il est difficile de résister. Un très joli coup.
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par Gregory Coutaut
