La vie hors-norme de Jeanne Lavaur n’appartient qu’à elle-même. Elle traverse le XXème siècle et défie son destin, depuis son enfance dans la boucherie de ses parents jusqu’à son rêve de devenir comtesse. D’une guerre à l’autre, du Paris des années folles au Brésil, son chemin croise l’Histoire et embrasse le monde, aux côtés de Guillaume de Barante et de l’intrépide Céleste.
L’Âge d’or
France, 2026
De Bérenger Thouin
Durée : 1h53
Sortie : prochainement
Note : ![]()
LE CLASSIQUE ET LE MODERNE
Un film mélangeant acteurs contemporains et images d’archives d’un autre siècle ? Des films documentaires d’antan remontés pour en faire une fiction ? Un hommage à la fois méta et très concret à « l’âge d’or » de l’origine du cinéma? Une ambition aussi folle évoque des œuvres uniques et hautement singulières telles que L’Anglaise et le duc d’Eric Rohmer ou The Green Fog, l’improbable remake de Sueurs froides par Guy Maddin. Mettons sans délai les choses au clair : L’Âge d’or ne possède pas la même excentricité loufoque que ces films-là, et telle n’est pas son intention de toute façon. Le sérieux du film le rapproche sans doute davantage de Pietro Marcello sur Martin Eden. Mais là encore, méfions-nous des comparaisons encombrantes.
L’Âge d’or n’est que le premier long métrage du cinéaste français Bérenger Thouin, et c’est déjà une remarquable prouesse technique. Avant de détailler avec émerveillement ce tour de force de montage, évacuons ce qui nous a paru être le visage le moins novateur du film : son scénario. D’amours impossibles en collaborations avec l’ennemi, petite et grande histoire se mélangent suivant des bonds et des rebonds hautement romanesque. La vie de cette héroïne fictive n’a pas que les apparences d’une saga historique, elle a aussi les codes narratifs les plus archétypaux : voix off, grands violons, et l’impression entêtante qu’il n’y a pas de grande surprise à attendre.
Il y a certes çà et là une dimension politique moderne bienvenue : dans le choix de la toujours charismatique Souheila Yacoub pour interpréter cette héroïne symbole d’une France éternelle ou dans la place laissée à la dimension queer du récit. A propos de cette dernière, il faut néanmoins bien dire qu’elle ne s’avère en réalité guère plus subversive qu’un plan sur des paires de jambes entrelacées dans un gloussement. Pris à part, isolé de l’impressionnant travail de mise en scène, le scénario de L’Âge d’or rassemble à la fois les archétypes convenus des films historiques et des magnifiques-portraits-de-femmes. Il faut beaucoup d’audace pour dépoussiérer des vieilles lunes comme celles-ci. Heureusement, le film en a.
Ce récit fictif est en effet entrecoupé d’anciennes images d’actualité piochées dans le fond Gaumont-Pathé. Bérenger Thouin apporte un soin méticuleux à l’image pour brouiller la frontière entre fiction et doc, entre 20e et 21e siècle, entre acteurs d’aujourd’hui et vraies personnes d’avant-hier. Ainsi, la partie fiction a été tournée en noir et blanc avant d’être colorisée, épousant ainsi la palette de ces reportages d’une autre époque. On ne sait plus ce qui est le plus vertigineux : quand les différences entre les deux mondes se font indissociables et qu’on ne parvient plus à trier les images, ou bien quand les couture sont au contraires visibles et où l’effet de réel crève soudain l’écran dans un surgissement ? Ces effets pourraient donner lieu aux prises de liberté les plus poétiques mais jusqu’au bout, L’Âge d’or privilégie le réalisme historique. Etonnamment homogène et accessible, le film est à la fois désuet et contemporain, entre la saga télévisée et l’œuvre conceptuelle. Souvent un peu trop terre-à-terre, mais à n’en pas douter unique. Telle est sa plus éclatante qualité.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
