Entre les murs trop familiers de la prison et la maison de sa mère, Ryan lutte contre lui-même — trouvant une échappatoire en gardant des moutons dans un programme correctionnel, au milieu des champs verdoyants d’Irlande du Nord
Magilligan
Irlande du Nord, 2026
De Ross McClean
Durée : 1h13
Sortie : –
Note : ![]()
MOUTON NOIR
Premier plan de Magilligan : Ryan prend tendrement soin de moutons. Ce pourrait être un tableau bucolique, mais la réalité de ce premier long métrage réalisé par le Nord-Irlandais Ross McClean est plus complexe. Ce documentaire, dévoilé en première mondiale dans la compétition du Festival Visions du Réel, ne se déroule pas vraiment dans une ferme, mais aux abords d’une prison dans laquelle Ryan est incarcéré. Au fermier/berger du début du film succèdent des gaillards emprisonnés dans des cellules aux murs desquels des posters de bagnoles, de meufs en bikinis ou du film Les Affranchis sont accrochés.
Ross McClean avait déjà filmé son protagoniste dans un précédent court métrage. Dans ce long, le cinéaste poursuit le chemin et celui-ci peut être répétitif et tortueux : Ryan liste en effet les différents membres de sa famille qui ont atterri en prison, et sa trajectoire à lui n’est pas non plus une ligne droite ou ascendante. A travers Ryan, Ross McClean examine le déterminisme social, les cercles répétés, la façon dont ils se brisent pour se former à nouveau. « La prison est dans mon ADN », analyse, mi-lucide mi-défait, le personnage principal. Entre deux câlins adressés à des petites chèvres.
Magilligan n’a pas la malhonnêteté intellectuelle de mettre en scène une réinsertion magique après la prison, dans un contexte de récidive fort. Les photos de famille montrent le garçon avant le bad boy en prison, et les enseignements brutaux du père racontent aussi un contexte social. Celui-ci d’une Irlande du Nord où l’on se sent enfermé dedans comme enfermé dehors. Le climat grisâtre et nuageux, pluvieux et morose du pays et de son quotidien. Ross McClean signe un portrait nuancé et concis qui pose de bonnes questions et n’aplatit jamais les situations par des réponses faciles.
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par Nicolas Bardot
