Festival National du Film d’animation | Entretien avec Liv Ronzon

La réalisatrice française Liv Ronzon est doublement à l’honneur au Festival National du Film d’Animation à Rennes, avec deux films sélectionnés en compétition. Doux comme une comptine, Bonne nuit Bergère fait un usage vivant de son cadre minimaliste pour dépeindre le sommeil de son héroïne. Dans Il fait chaud aujourd’hui, la réalisatrice raconte l’amitié naissante de deux fillettes dans un décor estival où le l’animation 2D côtoie les photos. Dans ces deux courts, la cinéaste fait preuve d’un séduisant sens de l’atmosphère. Liv Ronzon est notre invitée.


Pouvez-vous me parler de la technique d’animation que vous avez choisie pour raconter Bonne nuit Bergère ?

A l’origine de ce projet d’équipe, j’ai réalisé un concept art entièrement à la gouache. On aurait aimé tout faire comme ça mais avec mes camarades, on n’avait qu’un mois pour réaliser ce court métrage alors on a opté pour une animation traditionnelle digitale sur un décor peint. On tenait à l’animation traditionnelle pour la vibration du trait. Pour soutenir le thème de l’endormissement et du rêve, on voulait reproduire l’aspect cotonneux de la gouache. Tout s’est joué sur le travail des brushes et du compositing.



Qu’est-ce qui vous a donné envie d’utiliser un cadre fixe pour Bonne nuit Bergère, et quelles questions se sont posées pour rendre ce cadre vivant ?

Le cadre fixe se prêtait bien à un format très court et allait me forcer, justement, à trouver des solutions pour le rendre vivant. Dès le début de ma réflexion j’avais envie de jouer avec les cadres dans le cadre. Cela fonctionnait bien pour voir ce qui se passait à l’intérieur de la maison (alors que le plan montre l’extérieur) mais après, il fallait trouver autre chose, lorsque Bergère était dehors. L’idée de faire apparaître le visage de Bergère en gros plan, comme un cabochon dans le cadre, est venue assez vite. Mais tout ça était assez instinctif et pas vraiment pensé à vrai dire. 



Qu’est-ce qui a motivé, pour Il fait chaud aujourd’hui, l’utilisation de l’animation 2D et d’images réelles ?

C’était un choix confortable pour moi car j’avais déjà fait un petit film de deux minutes avec cette technique (Palapi Palapou) et le rendu me plaisait. C’était aussi un choix stratégique car faire un film toute seul demande beaucoup de travail et cela me permettait de passer moins de temps sur les décors pour me concentrer sur l’animation. L’autre motivation était de retourner dans la Drôme voir mes grands oncle et tante et faire des balades dans une région que j’adore. Pour l’anecdote, toutes les photos ont été prises en hiver alors que le court métrage se passe en été. On était parti faire du repérage et en regardant les photos, on s’est rendu compte que l’été était tout à fait crédible.



Il y a dans vos deux films un pouvoir atmosphérique qui est très évocateur. Comment avez-vous abordé ce point en particulier ?

J’aime faire des courts métrages qui convoquent mes souvenirs d’enfance, incertains et brumeux. Cela crée des ambiances dans lesquelles chacun peut se retrouver je pense. J’aime travailler ce type d’atmosphère car je m’y sens plus libre. La narration peut être décousue, pas nécessairement linéaire. Pour Bonne nuit Bergère, je voulais créer une ambiance douce et onirique. Dans Il fait chaud aujourd’hui, les événements qui surviennent n’ont pas d’ordre chronologique. Cela m’a d’ailleurs permis de recomposer entièrement le montage du film deux semaines avant le rendu. C’était un peu stressant mais il fallait que je le fasse pour que la relation entre les deux personnages soit plus claire.


Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Ce ne sont pas spécifiquement des cinéastes qui m’inspirent mais je peux citer des films que j’affectionne particulièrement et qui m’ont inspirée pour ces courts comme Mary Is Happy, Mary Is Happy de Nawapol Thamrongrattanarit (pour sa narration très chapitrée) ou L’Été de Kikujiro réalisé par Takeshi Kitano (pour sa vision sur l’enfance). Je m’inspire aussi beaucoup d’artistes musiciens comme Alela Diane ou Animal Collective.



Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 6 avril 2026. Merci à Estelle Lacaud.

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