Berlinale | Critique : Nightborn

Avec des rêves de fonder une famille parfaite, Saga et son mari britannique Jon emménagent dans la maison isolée au cœur de la forêt finlandaise où Saga a passé une grande partie de son enfance. Mais dès que leur bébé naît, malgré l’assurance de tous ceux qui l’entourent, Saga sent que quelque chose ne va terriblement pas.

Nightborn
Finlande, 2026
De Hanna Bergholm

Durée : 1h32

Sortie : 17/06/2026

Note :

MAMAN, QUEL EST DONC CE TOURMENT

Des ha ha ha longs et sonores de la part d’un public avide de films d’horreur peuvent presque se faire entendre lors de la première scène de Nightborn, dont les personnages pensent trouver le bonheur… dans une charmante vieille maison perdue au cœur des bois. Mais la Finlandaise Hanna Bergholm (Grand Prix à Gérardmer avec son premier long métrage, Ego) connaît ses classiques et il y a comme un clin d’œil complice dans ce début de film faussement idyllique, où la route vers la maison est de plus en plus étroite. Celle-ci est superbe, mais il y a forcément quelque chose de pourri à l’intérieur.

Et si ce n’était pas dans la maison mais dans la future maman qu’il y a quelque chose de pourri ? Sauf notre respect pour le bébé à venir, celui-ci n’est pas particulièrement mis à son avantage dans Nightborn. Pas un joli bébé Pampers photoshoppé ou un bébé pétunia d’une photo d’Anne Geddes, mais plutôt un authentique monstre doublé d’une petite bête sauvage – bravo à toutes les personnes ayant travaillé sur le son du film qui nous fait partager la pénibilité des pleurs ressentie par les jeunes parents. Quoi de neuf dans le registre du film de maternité en panique et de paranoïa parentale ? Pas grand chose, et c’est notre principale réserve vis-à-vis de Nightborn, qui déroule son programme à la structure assez mécanique et sans grande surprise.

A l’image d’Ego dont la construction assez familière était rafraîchie par un ton surprenant, Hanna Bergholm fait de réguliers détours vers la comédie horrifique sans se limiter à l’horreur tout court. La maternité est une telle perte de repères que tout l’extraordinaire devient ordinaire. Cette inversion fait que tout est comédie : la mignonnerie devenue monstruosité, la poupée devenue menace, le bonheur carte postale devenu grotesque. « Tu as une idée très romancée des gens », dit-on avec esprit entre deux scènes d’explosion de sang. Le film ne fait pas le pari de la subtilité, mais a le mérite d’offrir du spectacle.

Dans Ego, la mère n’était déjà pas un modèle parfait. Dans Nightborn, Saga (incarnée par Seidi Haarla, qui trouve le bon équilibre entre sérieux et comédie) n’est pas parfaite, et comme toute maman imparfaite, tout le monde veut la faire payer. De culpabilisation en gaslighting, ce n’est pas seulement bébé qui lui en veut mais la société entière. Mais si les bois entourent la maison rêvée, ce n’est pas pour rien : peuplés de créatures invisibles, ils portent aussi en eux un pouvoir, quelque chose de sauvage qui peut terroriser comme émanciper les protagonistes. Et comme Ego et son récit d’apprentissage au dénouement grinçant, Nightborn suggère avec joie une ouverture tranquillement subversive.

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par Nicolas Bardot

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