Festival Black Movie | Critique : Gloaming in Luomu

À Luomu, une toute petite ville sise au milieu des collines, Xiao Bai s’installe dans une maison d’hôtes avec une carte postale vieille de trois ans envoyée par son ex-compagnon qui a disparu depuis. Suivant ses traces au gré des rencontres, elle sera détournée de son projet par la propriétaire de la maison d’hôtes et son acolyte de boisson, dont les conversations confinent au métaphysique. Ses propres fantômes referont alors surface.

Gloaming in Luomu
Chine, 2025
De Zhang Lu

Durée : 1h39

Sortie : –

Note :

LA VILLE EST TRANQUILLE

Le cinéma du Chinois Zhang Lu (lire notre entretien) est de plus en plus beau : c’est ce que confirme son nouveau long métrage, Gloaming in Luomu (primé à Busan et présenté cette semaine au Festival Black Movie), trois ans après le déjà superbe The Shadowless Tower. Sélectionné à la Berlinale et couronné au Festival des 3 Continents, The Shadowless Tower était malheureusement resté inédit dans les salles française. Découvert il y a une vingtaine d’années avec Grain in Ear (sélectionné à la Semaine de la Critique) et Desert Dream (passé par la Berlinale avant de sortir chez nous), Zhang Lu, malgré ce palmarès, reste néanmoins relativement méconnu en France. Gloaming in Luomu, l’un de ses films les plus accessibles, est une belle manière de rappeler son talent.

Xiao Bai débarque à Luomu, petite ville au cœur de la Chine, à la poursuite d’un mystère. Son ex-compagnon, dont elle n’a plus de nouvelles, lui a envoyé une carte postale d’ici il y a des années. Cela pourrait être un songe : Xiao Bai se retrouve dans un labyrinthe inconnu, à la recherche d’un vieux souvenir. Gloaming in Luomu a souvent la qualité d’un rêve. Lorsqu’un mystérieux chat apparaît ; lorsqu’un doute s’installe tandis qu’un protagoniste arrive dans le cadre, sans qu’on ne sache s’il s’agit du fruit de l’imagination ou d’un fantôme. On entend au loin des choses que l’on ne voit jamais, comme le train. Voilà le pouvoir de ce lieu au charme magique.

La ville dans The Shadowless Tower jouait déjà un rôle narratif important. C’est à nouveau le cas ici : c’est un lieu où l’on s’égare mais qui est également enveloppant. Un ruisseau s’écoule, on fait quelques pas dans cet endroit extrêmement paisible, propice à une sensibilité introspective. Les déambulations sont comme secrètes, les habitants semblent avoir toutes et tous disparu. Personne n’élève la voix, ou alors c’est exceptionnel. L’élégance des cadres, des lignes architecturales, des couleurs, émeuvent et impressionnent. La mise en scène de Zhang Lu est formidable, une splendeur exquise et expressive.

Xiao Bai se démêle avec son passé et tout cela pourrait être parfaitement sérieux. Ca l’est, mais Zhang Lu apporte aussi de surprenantes touches d’humour. La quête existentielle a beau être chère au cœur, elle passe aussi tout simplement par la picole. Gloaming in Luomu est un portrait vivant, gracieux et nuancé, dans le bleu de la ville, dans le silence de ses ruelles. Tout à coup, comme une aube rose sur la cité, on entend le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. Sa douceur, sa respiration, sa dimension merveilleuse, semblent faites pour Gloaming in Luomu. La poésie de Lu Xun fait voyager, dit-on dans le long métrage, c’est également le cas du cinéma de Zhang Lu.

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par Nicolas Bardot

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