Critique : Teresa

Calcutta, 1948. Mère Teresa s’apprête à quitter le couvent pour fonder l’ordre des Missionnaires de la Charité. En sept jours décisifs, entre foi, compassion et doute, elle forge la décision qui marquera à jamais son destin – et celui de milliers de vies.

Teresa
Macédoine du nord, 2025
De Teona Strugar Mitevska

Durée : 1h44

Sortie : 03/12/2025

Note :

NOIRE SOEUR

La mère qui donne son titre à ce film qui fait l’ouverture de la section Orizzonti à la Mostra de Venise, c’est Mère Teresa. Si mondialement célèbre qu’elle soit encore aujourd’hui, cette dernière est, il est vrai, bizarrement quasi absente du paysage cinématographique contemporain, et la plupart des quelques biopics à lui être consacrés ont plutôt été des téléfilms. Il y aurait pourtant bien des choses à raconter sur cette femme sitôt béatifiée qu’elle devint la source de nombreuses controverses (point de vue colonialiste, ambiguïté face aux dictatures, etc). Teresa n’est pas un biopic et n’aborde pas ces aspects-là de sa vie. Le film se concentre sur un épisode particulier de la carrière de la religieuse, lorsque qu’elle attend impatiemment l’aval du Vatican pour enfin fonder son propre ordre.

Depuis l’excellent Dieu existe, son nom est Petrunya, qui reste aujourd’hui encore son meilleur film, on sait que la cinéaste macédonienne Teona Strugar Mitevska n’a pas peur de ruer dans les brancards des dogmes religieux machistes et absurdes. De l’absurdité, il y en a d’ailleurs dans l’idée même de ce film : un film sur Mère Teresa an anglais ? Avec la Suédoise Noomi Rapace dans le rôle principal ? Sur le papier cela pourrait ressembler à un sketch parodique et pourtant le film est tout ce qu’il y a de plus sérieux, enfin presque. La réalisatrice le montre dès le gros riff de guitare qui ouvre Teresa : elle n’a pas peur, et n’y va pas de main morte. Portée à l’épaule le plus souvent, la caméra suit son héroïne entre les quatre murs de son couvent comme dans un film à suspens.

Si Teresa n’est évidemment pas une hagiographie, on n’est pas non plus dans le portrait à charge. Seule à aider les lépreux avant même le lever du soleil, mais aussi obsédée par le moindre centime, cette Mère Teresa est ambivalente et l’interprétation investie de Noomi Rapace souligne sa sécheresse passive-agressive tout en conservant sa dignité. Le respect de cette ambiguïté enrichit le personnage, mais ne vient pas en aide à la tension générale du film. Face à ce mélange de détails authentiques et de rebondissements imaginaires, il y a de quoi rester interrogatif quant au point de vue que la cinéaste a voulu poser sur cette protagoniste à la fois héroïne martyre et grande méchante de son propre récit. Cette manière de ne pas trancher est sans doute la limite de Teresa, mais c’est aussi ce participe à le rendre très facile d’accès en dépit de ses (gentilles) provocations.

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par Gregory Coutaut

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