Le film explore l’impact catastrophique de l’invasion russe sur la nature en Ukraine. C’est un voyage, de la vie harmonieuse de la nature vers le tourbillon enflammé de la guerre qui consume la terre, les forêts et les êtres vivants.
Divia
Pologne, 2025
De Dmytro Hreshko
Durée : 1h19
Sortie : –
Note : ![]()
VIE SAUVAGE
La guerre en Ukraine a ces dernières années été racontée par bien des points de vue différents dans de nombreux documentaires, depuis les salles de classe (Premières classes) ou sur les routes (Pierre feuille pistolet), sur le front (My Dear Theo) ou dans les abris en sous-sol (Photophobia). Mais l’Ukrainien Dmytro Hreshko trouve une perspective inédite avec son documentaire Divia qui raconte l’agression russe depuis la nature et vécue par les animaux. Après quelques vues aériennes loin de la ville, nous pénétrons dans les bois. Ce pourrait être un conte de fées : cerf, biche et faon se côtoient, des marcassins se promènent non loin de là, mais assez vite le son des avions et des bombes nous rappellent où et quand nous sommes.
Des humains peuvent être aperçus de loin mais le parti-pris de Divia (dévoilé en compétition au Festival de Karlovy Vary) est de ne pas filmer les hommes et femmes confronté.es à la guerre. Tout l’espace est laissé à la nature et aux animaux qui la peuplent, et il n’y a aucun commentaire humain ajouté aux images (seulement une bande sonore parfois trop présente à nos yeux). Ce pari d’une humanité mise de côté peut être risqué, mais Dmytro Hreshko trouve le bon point de vue pour filmer le hors champ sans occulter la tragédie humaine. Tout d’abord parce que l’impact sur les vies humaines est omniprésent à l’image, avec des plans de villes rasées quand d’autres sont submergées par les eaux, tandis que des impacts de bombes sont dessinés partout au sol. Nonchalamment, un jeune cerf marche parmi celles-ci.
Divia filme les animaux, et les conséquences tragiques du conflit : des vaches, des renards et même des dauphins morts. Une étendue à perte de vue d’arbres cramés, et ce que l’on peut aisément imaginer comme conséquences sur quiconque vivait là. Mais les animaux servent aussi ici de reflets pour les êtres humains – il n’y aucun anthropomorphisme, mais ce qui est subi par les uns l’est aussi par les autres. Tout cela, tristement, ne date pas d’aujourd’hui, et Divia mesure déjà le temps passé sous les bombes. Des statues encore debout contemplent la nature défaite. Un oiseau est posé sur un tank, une coccinelle sur un missile, comme si l’on était prêt à passer à autre chose. Les ossements d’un bovin apparaissent à l’image, comme si sa mort était déjà lointaine. Une image saisissante : celle d’un corps humain abimé, et de l’herbe verte qui a repoussé autour. Les caméras de Hreshko vont du ciel jusque sous l’eau ; difficile de circonscrire l’impact terrible de la guerre. Le conflit n’est pas fini mais on cherche d’ores et déjà les bombes endormies sous la terre. Les nuits noires restent illuminées par des flashes de flammes tandis que la fumée continue de s’élever.
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par Nicolas Bardot
