Berlinale | Critique : Holding Liat

Liat fait partie des otages capturé.es le 7 octobre. Le film suit ses proches de près, se concentrant sur son père qui tente de conserver ses valeurs de pacifisme et d’humanité au milieu de la guerre, du traumatisme et des obligations diplomatiques. 

Holding Liat
Etats-Unis, 2025
De Brandon Kramer

Durée : 1h37

Sortie : –

Note :

L’AFFAIRE DE TOUS

Liat est vivante. Après une attente angoissée, son père l’apprend enfin grâce au coup de fil d’un indicateur. En s’ouvrant ainsi sur un flash forward, Holding Liat fait preuve de bon goût et coupe court à tout suspens sur le sort de cette femme israélienne enlevée et retenue en otage à Gaza. Ce documentaire signé par Brandon Kramer, un cinéaste américain proche de la famille de Liat, nous montre ainsi qu’il n’est pas là pour effectuer une enquête sensationnaliste ou reconstituer des faits. L’enjeu et le sujet se trouvent ailleurs. Passée cette brève introduction, Holding Liat revient en arrière dans le déroulé des événements et dépeint la manière dont la situation a été vécue par sa famille restée sans nouvelles, la prise de conscience politique qui en découle, en se focalisant particulièrement sur son père.

Le retentissement international des enlèvements du 7 octobre 2023 fut tel que certaines familles concernées se rendirent aux Etats-Unis pour rencontrer les dirigeants politiques. C’est le cas du père de Liat, qui n’est nullement dupe du cirque diplomatique et médiatique auquel il s’est retrouvé ainsi mêlé. Il faut dire que papa a déjà la langue bien pendue au moment de critiquer Netanyahou devant sa télé (« on est dirigé par des dingues, des deux côtés » grogne-t-il) et d’exprimer son amère désillusion face à l’idéal qui l’avait amené à quitter les Etats-Unis pour Israël dans les années 70. Holding Liat laisse une place importante à cette parole contestataire et ne fait pas non plus l’impasse sur la violence supplémentaire qui consiste à voir cet enlèvement récupéré à des fins électorales par des hommes politiques incapables de formuler une simple phrase de compassion, ou par des membres de la famille aux idées politiques bornées.

Produit par Darren Aronofsky et lauréat du prix du meilleur documentaire à la Berlinale, Holding Liat est un film à la facture très facile d’accès, qui possède même ses touches d’humour, notamment grâce à son protagoniste masculin. Il faut voir ce brillant papy oublier régulièrement qu’il est filmé, se faire rappeler par sa famille qu’il vaut mieux ne pas dire tout ce qu’on pense en public, et couper la parole au président Biden au téléphone. Ces touches de légèreté ne prennent néanmoins jamais le pas sur le sérieux du sujet et sur la question qui est ici régulièrement posée : et après ? On parle beaucoup à la place des otages (c’est d’ailleurs l’un des sujets du film), mais qui les écoute eux ? Le documentaire y répond en changement progressivement de protagoniste et se reconcentrant finalement sur la principale intéressée suite à sa libération, lui laissant toute la place pour exprimer in fine son propre point de vue.

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par Gregory Coutaut

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