Grand Prix au Festival de Sundance et au Festival de Deauville, In the Summers est le premier long métrage de l’Américaine Alessandra Lacorazza. Ce film raconte les différents étés passés par deux sœurs chez leur père. Ce récit doux-amer laisse une stimulante place à l’ellipse et parvient à composer un émouvant portrait familial fissuré. In the Summers sort ce mercredi 9 juillet en salles. Nous avons rencontré la réalisatrice.
Quel a été le point de départ de In the Summers ?
Lors d’un dîner avec ma sœur quelque temps après la mort de mon père, nous étions assises à reconstituer une chronologie de notre temps passé avec lui. En parlant, j’ai réalisé que c’était une manière intéressante d’examiner une vie, par fragments de temps, où ce que nous ne voyons pas est aussi important que ce que nous voyons.
Pouvez-vous décrire le processus d’écriture d’un film dont le scénario laisse tant de place aux ellipses, à des éléments narratifs que nous ne pouvons pas « voir » à l’écran ?
Je savais que j’allais raconter le film par segments. J’ai créé un plan en filigrane et loué un petit appartement à Toulouse, je me suis enfermée et j’ai écrit le premier brouillon. Les points de l’intrigue de base étaient là, mais il m’a fallu ensuite quelques années pour ajouter les détails sur lesquels le film repose.

Il y a quelque chose de doux mais aussi profondément amer dans l’histoire d’In the Summers. Il y a aussi à la fois quelque chose de chaleureux et une certaine distance dans votre mise en scène. Comment avez-vous abordé le style visuel d’In the Summers et comment avez-vous envisagé visuellement ces tonalités ?
Décrire le film comme doux mais amer est magnifique. Cela résume parfaitement mon expérience de l’enfance. En travaillant avec mon directeur de la photographie (Alejandro Mejia) et la cheffe décoratrice (Estefania Larrain), nous voulions nous assurer que chaque été avait son propre aspect et sa propre ambiance, la caméra et le design grandissant et évoluant avec la famille. De plus, nous avons beaucoup réfléchi au point de vue pour chaque scène et nous avons veillé à ce que la caméra reflète ce que ressentaient les personnages. Si le point de vue était celui de la jeune Eva par exemple, nous étions plus proches et plus ludiques. Si c’était la Violeta plus âgée, nous étions plus éloigné.es et le cadrage rigide.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le processus de casting, comment avez-vous trouvé vos différentes actrices et maintenu une cohérence à travers les différentes parties du film ?
J’ai eu une incroyable directrice de casting, Stephanie Yankwitt, qui a compris ce que je voulais réaliser avec ce film. Pour nous, il était important de trouver des actrices qui paraissaient naturelles et réelles, pas trop entraînées, en particulier les jeunes enfants. Nous avons organisé un appel à casting ouvert au Nouveau-Mexique, à Los Angeles et à New York. Au début, nous nous sommes concentrées sur le casting des filles plus âgées et plus jeunes sachant que les intermédiaires devraient servir de pont. Elles devaient se ressembler suffisamment mais ce n’était pas ma priorité, il était plus important qu’elles capturent le caractère. Et puis, bien sûr, il y a Vicente, le casting de René Pérez Joglar a été un cadeau. Il fournit l’ancrage à travers les étés.

Qui sont vos réalisateurs préférés et/ou ceux qui vous inspirent ?
Pour ce film, j’ai beaucoup pensé à La Ciénaga de Lucrecia Martel et à The Souvenir de Joanna Hogg, ainsi qu’au travail d’Andrea Arnold, dont j’adore toute l’œuvre. D’autres cinéastes d’une liste changeante et dont je pense souvent aux œuvres : Leos Carax, Claire Denis, Carlos Reygadas, Lars Von Trier et Stanley Kubrick.
Entretien réalisé le 8 juillet 2025 par Nicolas Bardot. Un grand merci à Paul Chaveroux.
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