L’usine de la famille Obinata, spécialisée dans les feux d’artifice, est sur le point d’être fermée administrativement. Autrefois nichée au cœur d’une forêt verdoyante, le site est désormais recouvert de panneaux solaires, et une route départementale doit bientôt traverser l’emplacement de l’usine. Depuis quatre ans, Keitaro s’est enfermé dans cette usine désaffectée, où il fabrique seul des feux d’artifice. Il est obsédé par le mystère du shuhari, un feu d’artifice fantôme censé représenter l’univers, que son père avait créé juste avant de disparaître. Avant la confiscation de l’usine, Keitaro est déterminé à lancer le shuhari de son père. Hanté par ses souvenirs, il fait appel à son frère Chicchi et à son amie d’enfance Kaoru pour faire éclater Une Aube Nouvelle.
Une aube nouvelle
Japon, 2026
De Yoshitoshi Shinomiya
Durée : 1h16
Sortie : prochainement
Note : ![]()
HAUT EN COULEUR
Le nom du Japonais Yoshitoshi Shinomiya n’est pas connu du grand public français mais celui-ci a, ces dernières années, collaboré avec des compatriotes tels que Makoto Shinkai (Your Name.) ou Sunao Katabuchi (Dans un recoin de ce monde). Une aube nouvelle est dévoilé dans la compétition de la Berlinale, qui n’a plus été remportée par un film d’animation depuis… Le Voyage de Chihiro, en 2002. Des anime comme le flamboyant Suzume de Shinkai ont aussi concouru pour l’Ours d’or récemment. L’inclusion de Shinomiya à un tel niveau permet, de ce côté du monde, d’élargir un peu plus la reconnaissance du riche cinéma d’animation japonais, trop souvent réduit aux merveilles de Ghibli.
De fait, Yoshitoshi Shinomiya fait montre d’énormément de personnalité avec ce long métrage. Shinomiya est peintre de formation, et cela peut se ressentir dans sa conception singulière de l’animation d’Une aube nouvelle. Le long métrage se déroule dans une nature luxuriante qui nourrit largement l’atmosphère du film. Outre le dynamisme de la mise en scène, du découpage aux mouvements de caméra, Une aube nouvelle se distingue par le surprenant dynamisme de ses décors. Ceux-ci sont tout en reflets mouvants, avec une surprenante utilisation du flou, apportant une véritable densité émotionnelle au récit. Le film brille également par son utilisation très élégante des couleurs (dégradés de verts et de jaunes exquis) avec des parti-pris aussi étonnants que payants (un incendie dépeint avec du bleu et du rose pâle).
Bien que le récit d’Une aube nouvelle soit relativement minimaliste, déployé sur seulement 1h16, celui-ci nous a semblé assez confus, manquant en tout cas de fluidité. Cela peut sembler étrange sur une telle miniature, mais Shinomiya le styliste nous a paru bien plus à l’aise que Shinomiya le scénariste. Le point faible le plus voyant se situe probablement dans les dialogues, plus laborieux les uns que les autres.
Il y a heureusement beaucoup de poésie pour compenser ces faiblesses. Ce sont des fulgurances comme les différents styles d’animation qui s’entrechoquent, à l’image d’un virage en stop-motion réalisé par une équipe française. Ces différentes textures donnent davantage de corps à ce long métrage qui est un bonheur pour les yeux. Dans le monde de jeunes gens sans adultes d’Une aube nouvelle, il y a aussi la poésie d’un geste artistique aussi gratuit qu’éphémère, avec ses protagonistes préparant un feu d’artifice mémorable. La beauté à la fois simple et extraordinaire de cette explosion chromatique : voilà ce que proposent les héros du film, et le cinéaste à son public.
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par Nicolas Bardot
