Un conte populaire macédonien prend vie lorsqu’un agriculteur sauve une cigogne blessée dans une décharge.
The Tale of Silyan
Macédoine du nord, 2025
De Tamara Kotevska
Durée : 1h20
Sortie : –
Note : ![]()
DES RACINES ET DES AILES
Comme l’indique son titre, à l’origine du nouveau film de la documentariste macédonienne Tamara Kotevska (révélée en 2019 avec Honeyland, doublement nommé aux Oscars), il y a une légende. Dans une famille de rudes travailleurs campagnards, le jeune fils oisif rêve de nouveaux horizons et annonce son intention de quitter famille et village. De colère, le père lui jette un sort le transformant en cigogne. Désormais rejeté à la fois par les humains et les oiseaux, le jeune homme est condamné à rester seul et sans terre. Quelle pertinence peut avoir encore aujourd’hui une telle fable ? Quel poids ses gros sabots moralisateurs possèdent-ils face à la dure réalité des conditions de vie des agriculteurs d’aujourd’hui ?
L’action de The Tale of Silyan se déroule dans un coin de Macédoine où vit une importante quantité de cigognes. Quand elles ne sont pas nichées en haut des clochers, celle-ci ont appris à reconnaître le bruit des moteurs de tracteurs et à suivre à la trace les travaux des champs pour se nourrir. Or la réalité économique change drastiquement la situation. Sans perspective d’avenir, les jeunes générations partent chercher du travail à la ville. Jugés inaptes aux exigences physiques du travail de la terre, les plus anciens sont relégués à des tâches ingrates dans des décharges où les cigognes déboussolées ne trouvent plus de quoi se nourrir. The Tale of Silyan s’attache précisément à un de ces agriculteurs de l’ancienne génération : un homme qui a vu son fils, ses petits enfants et même sa femme partir vivre ailleurs, et qui survit en triant des ordures. C’est dans la décharge où il travaille qu’il trouve un jour une cigogne blessée qu’il va adopter et soigner.
Sur le papier, raconter l’amitié d’un humain et d’un oiseau semble d’une naïveté à réserver aux films pour jeune public, et Tamara Kotevska assume cette dimension merveilleuse à coup de décisions de mise en scène parfois discutables. La photo est plus lisse que dans Honeyland, et les plans de vols accompagnés de musique épique paraissent parfois sortis d’un reportage animalier lambda ou de L’Envolée sauvage. Le talent de la réalisatrice est de malgré tout parvenir à conjuguer le conte et le réel. S’il ne maintient pas un équilibre parfait entre ces deux pôles tout du long, The Tale of Silyan parle autant du lien invisible entre homme et animal que de la situation politique de ce coin d’Europe pollué par le capitalisme.
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par Gregory Coutaut
