Si vous désirez quelque chose assez fort, tout l’univers sera-t-il avec vous ? Amoureuse d’un musicien des Balkans qu’elle a vu à la télévision, Stela veut absolument le rencontrer et accepte l’aide de Vera, une starlette qui serait sa maîtresse. Lorsque Vera lui promet de la sortir de la misère et l’emmène à Bucarest, où elle gère une affaire de produits à caractère sexuel, leurs mondes s’affrontent.
Sorella di Clausura
Roumanie, 2025
De Ivana Mladenović
Durée : 1h47
Sortie : –
Note : ![]()
TOUT EST CHAOS
Faut-il rire, faut-il jouir, faut-il se taillader les veines – ou les trois en même temps ? Ce singulier questionnement valable pour les protagonistes de Sorella di Clausura n’est pas vraiment commun à tous les films de la création. De fait, le nouveau long métrage de la réalisatrice serbe Ivana Mladenovic, très remarquée en 2019 avec Ivana the Terrible qui a effectué un riche parcours en festivals, ne ressemble pas du tout à ce qu’on peut voir habituellement – même si le film s’inscrit dans une famille très proche des farces iconoclastes du Roumain Radu Jude (un genre à lui tout seul). Actrice dans Coeurs cicatrisés de Jude, Ivana Mladenovic signe un long métrage qui se situe dans une veine voisine des comédies affreuses, sales et méchantes telles que Bad Luck Banging ou N’attendez pas trop de la fin du monde.
« Si vous pensez que vous allez voir un film basé sur des faits réels, vous avez tort et vous êtes probablement paranoïaque » : le carton d’introduction de Sorella di Clausura donne un aperçu du caractère déglingué et irrévérencieux du long métrage. Son héroïne est une loseuse terne et banale, dont la passion pourrie dans la vie est un chanteur septuagénaire de variété ringarde. Au cœur du cosmos mouvant que l’on peut apercevoir le temps d’un plan parfaitement WTF, le monde se casse la gueule – tout le monde se casse la gueule (le film offre d’ailleurs ce plaisir simple mais très efficace de montrer des gens qui tombent).
Les commentaires racistes éructés à la télévision, les mecs qui montrent leur bite de joie en public, un vieux qui implore le retour de Ceausescu, les sonneries de téléphone Arizona Dream : tout est nase, tout est moche et tout s’enchaine de manière insensée. Il y a du rire mais aussi de la violence dans ce tempo frénétique : ainsi, de la comédie grand-guignol aux pulsions suicidaires, il n’y a qu’un pas. Dans le miroir déformant d’Ivana Mladenovic, tout est étrange – vivre est étrange, baiser est étrange, et personne ne semble prêt pour « le chaos pittoresque des Balkans ». A nos yeux, le film perd de son énergie folle dans son dernier segment et son feu s’éteint un peu, mais voilà néanmoins une proposition dingue, punk et galvanisante. Lors d’un des nombreux plans improbables du film, un jouet rentre dans le champ de vision, comme si la réalisatrice confirmait de façon méta l’aspect clown couillon de ce spectacle pourtant malin et inspiré.
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par Nicolas Bardot
