Berlinale | Critique : Rosebush Pruning

Dans une villa opulente sous le soleil catalan, les frères et sœurs américains Jack, Ed, Anna et Robert vivent reclus grâce à la fortune familiale. Fuyant les exigences de leur père aveugle, ils cherchent l’amour et la reconnaissance à travers leur propre compagnie et celle de leurs dernières tenues de créateurs.

Rosebush Pruning
Italie/Royaume-Uni, 2026
De Karim Aïnouz

Durée : 1h34

Sortie : –

Note :

PAS UN LIT DE ROSES

Rosebush Pruning s’ouvre par un carton générique d’un jaune lumineux, puis, en un cut, passe à un grand cadre fait des lignes bleues du ciel et de la mer. Ce n’est que le premier clash d’un film qui travaille l’effet de surprise et la provocation déroutante. Dévoilé en compétition à la Berlinale,  Rosebush Pruning fait le portrait d’une famille de grands bourgeois déglingués, un clan autoproclamé d’héritiers « paresseux et égoïstes », qui ne sait pas faire la différence entre Gaudi et Balenciaga, des ultra-riches pour qui les marques de luxe sont comme un langage ; tout cela est parfaitement futile mais au détour d’une conversation on apprend… que maman a été dévorée vivante par des loups.

Cette famille est à la fois glamour et dégénérée, ce sont des puissants mais ce ne sont que de sinistres clowns, et ces contrastes insensés posent la direction que le film veut ou peut prendre. Le scénario de Rosebush Pruning est écrit par le Grec Efthimis Filippou, collaborateur de quelques unes des meilleures absurdités de Yorgos Lanthimos (comme Canine ou The Lobster). Le sens du surréel brutal de Filippou pourrait faire merveille dans ce portrait iconoclaste de famille-monstre, mais à son écriture particulière il manque une mise en scène qui nous emporte. La mise en scène de Lanthimos, son langage visuel, sont eux aussi surréalistes. Celle, plus anonyme, du Brésilien Karim Aïnouz, semble tout le temps courir après son récit. Rosebush Pruning est léché, mais si Aïnouz n’est pas Lanthimos, il n’est pas Luca Guadagnino non plus, qu’on aurait volontiers imaginé dans cet univers vaniteux et vénéneux.

Rosebush Pruning is trying too hard, essaie trop fort, qu’il s’agisse de son ton et de son style. Mais quitte à trop forcer, le film a le mérite de ne pas s’arrêter à mi-chemin dans ce récit de guignolade acide dont le spectacle tourne à une forme d’abstraction. Les protagonistes du long métrage ne ressentent rien ou ne ressentent pas au bon endroit, le partage d’un trop grand nombre d’informations intimes met mal à l’aise, et cette incapacité à faire famille rend les différents membres inhumains. Prometteur encore une fois sur le papier, mais in fine à quoi croit-on vraiment ? Le film s’en sort peut-être mieux lorsqu’il tire vers la comédie comme avec le personnage incarné par Pamela Anderson qui tire son épingle du jeu, ou quand il se contente d’être un album d’images de personnes belles qui font les chipies, croquées par Hélène Louvart à la photographie. Mais l’ensemble manque de consistance à nos yeux et sa mise en scène du choc est parfois un peu désuète.

| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |

par Nicolas Bardot

Partagez cet article