Critique : Seule la vie

Barbara et Héli sont amoureux et heureux. Clowns professionnels, ils savent rire de tout et mènent une vie joyeuse avec leurs 2 enfants. Quand un accident emporte Héli et les enfants, Barbara doit trouver un nouveau chemin. Portée par les souvenirs qu’elle chérit, elle prouve que l’amour ne meurt jamais et qu’il faut toujours oser embrasser la vie.

Seule la vie
Autriche, 2026
D’Adrian Goiginger

Durée : 2h01

Sortie : 08/07/2026

Note :

LAISSE PLEURER LE CLOWN

C’est l’histoire d’une femme clown dont toute la famille meurt dans un accident de voiture. Un tel pitch aurait de quoi faire ronronner d’avance les amateurs du cinéma autrichien le plus délicieusement cruel, mais Adrian Goiginger ne suit pas du tout les pas d’Ulrich Seidl et de ses autres compatriotes grinçants. En dépit de son titre à la factualité glaçante (on a hâte de voir si les éventuels distributeurs français auront le courage de respecter ce titre original : quatre moins trois) se trouve en réalité un mélodrame facile d’accès.

Le cinéma autrichien était représenté dans toute sa diversité cette année à la Berlinale, de la farce horrifique The Blood Countess à la reconstitution glaçante de Rose en passant par le documentaire mordant Wax & Gold. S’il fallait à tout prix trouver une corrélation, on placerait plutôt Seule la vie aux cotés du chaleureux The Loneliest Man in Town. Le temps d’une séquence placée presque en ouverture, l’héroïne en panique et réalisant la situation essaye en vain de joindre son mari au téléphone mais ne tombe que sur son message de répondeur disant « laissez un message après le prout » (suivi d’un bruit de prout, bien entendu). Le mélange de ton incroyablement culotté ici à l’œuvre fait de cette scène la meilleure du film. Mais c’est aussi une exception, car contrairement Tizza Covi & Rainer Frimmel, Goiginger chercher moins à mélanger harmonieusement les contraires qu’à les opposer franchement.

A coup de flashbacks, Seule la vie fait donc un va-et-vient entre le présent de Barbara et son passé. De clown en deuil déboussolée par la douleur, elle passe donc à apprentie pleine d’espoir au seuil d’une romance naissante. Le présent est filmé en bleu gris, le passé en jaune chaleureux (inclure ici le gif de Meryl Streep disant Groundbreaking). Seule la vie est adapté d’une histoire vraie et plus précisément d’une biographie à succès. C’est sans doute par fidélité envers celles-ci qu’on été intégrées toutes ces scènes passées mais elles représentent hélas la partie la moins inspirée du film. Elles ont cependant le mérite de mettre en relief le reste du long métrage, et la manière dont les lourds violons de ses souvenirs sont très abruptement interrompus par une nouvelle mauvaise nouvelle est paradoxalement rafraichissante.

Récit d’espoir et de résiliation qui ne cache pas la douleur sous le tapis, Seule la vie laisse de plus en plus de place à la bienveillance à mesure qu’approche son dénouement. En chemin, le film fait le choix de ne pas toujours enlever les cailloux qu’il a dans ses chaussures et tant mieux, car c’est lors de ses détours inattendus qu’il fait le plus preuve de personnalité : une mamie pieuse qui parle déjà d’enfer à peine le décès annoncé, une conversation absurde pour trancher si les clowns d’hôpitaux méritent le respect, les paroles naïves d’une chanson d’enfant faussement réconfortante. Au cœur du film, l’actrice Valerie Pachner (vue dans The Ground Beneath My Feet et Une vie cachée) fait merveille pour en traduire les nuances contrastées.

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par Gregory Coutaut

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