Critique : Rebuilding

Dans l’Ouest américain, dévasté par des incendies ravageurs, Dusty voit son ranch anéanti par les flammes. Il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement à redonner du sens à sa vie. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire.

Rebuilding
Etats-Unis, 2025
De Max Walker-Silverman

Durée : 1h38

Sortie : 17/12/2025

Note :

PÉPÈRE FONDATEUR

L’action de Rebuilding débute peu après un immense incendie ayant obligé plusieurs agriculteurs du Colorado a abandonner leurs terres pour vivre momentanément dans des caravanes de fortunes. Tel est le cas de Dusty, cowboy brisé qui se retrouve à devoir tout recommencer à zéro maintenant que son rêve américain est parti en poussière. Le scénario fait le choix de ne jamais aborder les origines écologiques de cet incendie, qui se retrouve traité comme une fatalité prête à se reproduire un peu partout aux Etats-Unis dans les années qui viennent. Il est très tentant d’y voir une métaphore politique sur la crise que traverse actuellement le pays, mais ce serait faire un cadeau un peu généreux à Rebuilding, tant le film laisse bizarrement peu de place à la politique.

Epoux séparé de sa femme, mais aussi père devant soudain reconstruire un lien avec sa fille, Dusty le cowboy sans terre ne maitrise plus grand chose autour de lui. D’abord incongrue sur le papier, la présence du britannique Josh O’Connor dans ce rôle 100% américain apporte un niveau de lecture supplémentaire. Elle évoque bien sûr le dernier film de Kelly Rerichardt découvert tout récemment à Cannes, The Mastermind, dans lequel O’Connor campe déjà un personnage hautement symbolique de père fondateur en déroute. De Certain Women à First Cow, le cinéma de Reichardt n’a de cesse de justement tordre le cou à cet increvable cliché du père fondateur, ce héros viril seul capable de reconstruire un pays. En choisissant un Européen aux yeux tristes et tendres comme O’Connor, le cinéaste Max Walker-Silverman semble également vouloir déjouer ce cliché.

Rebuilding reste trop lisse politiquement pour y parvenir pleinement. La collectivité improvisée de ces laissés-pour-compte de l’Amérique, quasi sdf vivant sous des couchers de soleil roses, évoque une autre réalisatrice encore : Nomadland de Chloe Zhao. Cette fois également, la comparaison n’est pas à la faveur de Rebuilding, qui ne fait de son anti-héros rien d’autre qu’un ado aux épaules voutées (c’est le service minimum pour O’Connor, dont le regard mélancolique donne surtout l’impression qu’il souhaiterait être dans un autre film), et qui n’offre pas grand chose d’autre qu’un récit de résilience un peu mièvre, où rien n’est très grave et où tout le monde est un peu trop beau pour qu’on y croie vraiment. Inoffensif, Rebuilding se laisse regarder avec beaucoup de facilité dans sa majeure partie. Dommage qu’un deus ex machina transformant Dusty en unique sauveur providentiel viennent confirmer les clichés qu’on croyait jusqu’alors éviter, cela rend le film plus conservateur qu’il n’y paraît à première vue.

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par Gregory Coutaut

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