Un couple de musiciens quitte Londres pour un cottage au Pays de Galles afin de finir leur nouvel album. Par accident, ils enregistrent un son mystique jamais entendu et se détachent peu à peu de la réalité…
Rabbit Trap
Royaume-Uni, 2025
De Bryn Chainey
Durée : 1h28
Sortie : –
Note : ![]()
PRIS AU PIÈGE
Une épaisse nuée d’oiseaux effectue un étrange ballet dans le ciel. Darcy, musicien, enregistre leur son, et enregistre bien d’autres sons de la nature ou du quotidien pour la musique composée par Daphne, son épouse. Qu’est-ce que ces sons ont à nous dire, quels sont leurs secrets ? Dans ce décor de folk horror qu’est la campagne galloise des années 70, le moindre son enregistré peut ressembler à une formule magique. Le rapport aux bruits détermine tout un lien sensible au monde dans Rabbit Trap : « avec tes oreilles, le monde vient en toi », entend-on. Plus tard : « Quand tu entends les sons, ton corps devient leur maison ». Qu’est-ce que Darcy et Daphne vont abriter malgré eux ?
Un.e intrus.e au sexe indéterminé se plante devant leur cottage. Cette présence à la fois inquiétante et inoffensive va faire basculer le quotidien, et révéler subtilement le merveilleux qui peut entourer la maison : ici des pièges de sorcières, là un voile invisible qui sépare notre monde de celui des fées. « Ils passent d’un monde à l’autre mais vivent sous terre » : parle-t-on de lapins dans leur terrier ou de tout autre chose ? C’est le propre de la fable fantastique d’être ouverte aux interprétations, et la folk horror est un genre riche en allégories.
Néanmoins, Rabbit Trap suggère beaucoup (et plutôt efficacement), mais il donne assez peu. Il y a un équilibre subtil entre l’évocation et la décision arbitraire, malheureusement, à nos yeux, Rabbit Trap finit par susciter plus de frustration que d’excitation. Sa rupture abrupte donne l’impression (reproche assez rare) qu’il manque une vingtaine de minutes au film, et la concision de celui-ci ne produit pas l’effet escompté en termes de trouble. Il y a bien une piste allégorique sur l’abus et le trauma causé par celui-ci, mais les différents éléments du film s’assemblent de manière un peu brouillonne. Outre son savoir-faire formel, Rabbit Trap est rehaussé par son casting convaincant : Dev Patel (même si aucun ingénieur du son enchainant clope sur clope dans un village gallois des années 70 n’a un corps de culturiste) et Rosy McEwen, déjà très remarquée dans le drame Blue Jean.
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par Nicolas Bardot
