Après avoir survécu à une agression raciste, la procureure Seyo Kim porte son affaire devant les tribunaux, confrontant à la fois les auteurs de l’agression et un système judiciaire qui ferme les yeux devant l’extreme-droite.
Prosecution
Allemagne, 2026
De Faraz Shariat
Durée : 1h53
Sortie : –
Note : ![]()
SEULE CONTRE TOUS
C’est déjà à la Berlinale que le cinéaste allemand Faraz Shariat s’était fait repérer avec son premier long métrage, No Hard Feelings – Le monde est à nous. Lauréat du Teddy Award en 2020, le film articulait avec élégance les élans de ses personnages queer et racisés. Il revient aujourd’hui avec Prosecution, un film dont la dimension queer passe au second plan (voire au dixième, ne clignez pas des yeux ou vous raterez les sous-entendus sur la vie queer de l’héroïne) pour se concentrer sur la question du racisme de la société allemande contemporaine et notamment la complaisance de son système judiciaire envers l’extrême droite et les nostalgiques du Troisième Reich.
Seyo Kim est procureure, et son jeune âge ne l’empêche ni de savoir bien faire son métier, ni d’avoir le soutien de sa hiérarchie, intégralement blanche. Seyo Kim punit les nazis et leurs fans, ce qui ne lui vaut aucun applaudissement mais au contraire des menaces. Victime d’une agression de la part de suprémacistes blancs, elle réalise que son entourage professionnel préférerait qu’elle ne fasse pas trop de vagues. Seule contre tous, elle va donc employer les grands moyens pour s’attaquer au racisme de l’institution pour laquelle elle travaille. Quels grands moyens ? Le temps d’une séquence alléchante, Seyo Kim se transforme presque en irrésistible justicière badass, flingue à la main, look androgyne et prête faire vrombir très fort le moteur de sa vengeance. Ce n’est pourtant pas là la piste privilégiée par Prosecution. Tant pis pour le fun, tant mieux pour le réalisme.
Comme l’indique son titre international, Prosecution est un film de procès. Dans un souci de vraisemblance, Faraz Shariat en a d’ailleurs écrit le scénario en collaboration avec une juriste et une militante anti-raciste. Cela ne suffit pas à aider le film à trouver son rythme parfait et à éviter un ventre mou (on est davantage dans du drame que du pur film à suspens) mais cela donne à toutes les scènes situées à l’intérieur du tribunal un certain nerf. La caméra de Shariat s’autorisait davantage de choses dans No Hard Feelings – Le monde est à nous et ce manque d’ambition peut laisser un peu sur sa faim. Prosecution retombe néanmoins sur ses pattes grâce à la performance d’Emilie Yan et un dernier acte qui donne à partager la saine colère des laissés-pour-compte face à l’injustice. Rassembleur plus qu’éprouvant ou polémique, le film vient de remporter le prix du public dans la section Panorama.
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par Gregory Coutaut
