Festival de Karlovy Vary | Critique : Peter Hujar’s Day

Une conversation entre le photographe Peter Hujar et Linda Rosenkrantz de 1974 à propos du monde artistique new-yorkais.

Peter Hujar’s Day
Etats-Unis, 2025
D’Ira Sachs

Durée : 1h16

Sortie : –

Note :

JE TE DIS TOUT

Deux ans après Passages, le cinéaste américain Ira Sachs retrouve l’acteur britannique Ben Whishaw, cette fois-ci dans un rôle si principal qu’il n’est absent d’aucune image du début à la fin du film. Bien que cette nouvelle collaboration porte directement le nom de son protagoniste, Peter Hujar’s Day n’est pas du tout un biopic et il n’est d’ailleurs pas obligatoire de connaître quoi que ce soit à propos du photographe américain proche d’Andy Warhol. Il est cependant certain qu’une richesse supplémentaire de visionnage est offerte à qui s’y retrouvera un tant soi peu parmi le name dropping (Susan Sontag, Allen Ginsberg, Lauren Hutton…) et références croisés le long de cette discussion.

C’est en effet d’une discussion et rien d’autre qu’il est question ici. Où plutôt un monologue, rarement interrompu par l’amie intervieweuse de Peter. Le projet de celle-ci est d’une poésie absurde toute warholienne : laisser l’artiste raconter à sa manière tous les détails de sa journée de la veille, afin de débusquer ce qui compose l’essence même d’un regard artistique. Peter Hujar’s Day est donc la reconstitution de ce monologue. Les décors varient peu (il s’agit des quatre même coins du même appartement), il n’y a aucun flashback à signaler et nul n’apparait à l’écran hormis les deux interprètes.

Avec une telle formule, Ira Sachs signe son film le plus radicalement minimaliste. On savait le cinéaste cinéphile et connaisseur de cinéma européen pointu, mais on ne l’avait pas forcément rangé, aux côtés de Gus Van Sant ou Sofia Coppola par exemple, parmi les disciples de Chantal Akerman influencés par Jeanne Dielman. Peter Hujar’s Day ne dure certes qu’une heure et des poussière, mais il s’agit là aussi d’un ambitieux exercice sur la durée et la répétition (et on imagine très bien un montage alternatif durer une après midi entière). Le résultat ressemble d’ailleurs dans ses meileurs moments à un projet alternatif que Gus Van Sant aurait pu tourner au pic de sa période arty.

Pour être honnête, Peter le dandy blasé obsédé par les détails futiles n’est pas toujours passionnant à écouter. Mais c’est aussi là le sujet du film : le va-et-vient entre culture chic et populaire, entre l’art et le profane, entre la banalité et l’étincelle créatrice. Sachs fait des efforts notables de montage et de mise en scène pour rendre tout ce verbe dynamique, mais le résultat va et vient justement entre le répétitif et le brillant. A propos de brillance, la performance de Ben Whishaw possède une qualité proprement immersive. Et on l’oublierait presque, mais face à lui, Rebecca Hall se sort très haut la main d’un rôle casse-gueule et pourtant bien connu : celui de la fille patiente qui écoute son pote gay partir dans des considérations sans fin.

| Suivez Le Polyester sur BlueskyFacebook et Instagram ! |

par Gregory Coutaut

Partagez cet article