Critique : Municipale

La petite ville de Revin, dans les Ardennes, se prépare à élire son maire quand un individu inconnu de tous se porte candidat. Cet intrus n’est autre qu’un comédien, qui va entraîner toute la ville dans une fiction politique.

Municipale
France, 2021
De Thomas Paulot

Durée : 1h50

Sortie : 26/01/2022

Note :

TELLEMENT VRAI

Dans les ruelles tristes et grises de l’ancienne cité sidérurgique de Revin, dans les Ardennes, un inconnu débarque tel un mystérieux antagoniste de western. Avec le panache maladroit et un peu fou d’un Don Quichotte, ce quidam déboule tout simplement pour se présenter à la mairie de la ville. Des listes électorales, il y en a pourtant déjà pas mal à Revin. En apparence, personne n’attend ou ne nécessite un héros, surtout quelqu’un qui ne connaissait ni les habitants ni leur histoire il y a quelques jours à peine. Or cet homme, Michel Papon, est en réalité un comédien, et le pari le plus fou de sa campagne électorale est qu’il ne s’en cache pas auprès des citoyens. Indépendamment du résultat des élections, il repartira définitivement après le second tour. S’il est élu, il laissera son poste vacant, laissant place à la possibilité d’une autogestion par les citoyens de la ville.

Tel est le pacte un peu fou Michel Papon offre aux habitants (avec une honnêteté qui rassure vite sur la dimension éthique de ce jeu de rôle) et que les auteurs et réalisateurs de Municipale nous proposent également. Si une élection démocratique est déjà une forme de narration avec une part d’artificialité bien identifiée, qu’est-ce qu’une authentique fiction pourrait y changer ? Et si la réponse, c’était : tout ? A mesure que le candidat-comédien se retrouve bel et bien plongé dans des authentiques réunions politiques et débats parfois inattendus avec les habitants, le film nous fait zigzaguer sur un curieux fil de funambule entre fiction et documentaire.

Heureusement plus proche de Pater d’Alain Cavalier que d’un canular télé, Municipale joue sans se moquer. Car à travers cette fabrication qui n’est jamais uniquement un jeu (les enjeux y sont réels et particulièrement concrets, surtout à mesure que la liste Papon se frotte à la liste déjà existante des Gilets Jaunes, pas si éloignée politiquement), le film dévoile quelque chose de plus tangible et plus nuancé que n’importe quel reportage de journal télé : sur les territoires sacrifiées, sur l’inertie politique et les désillusions face aux révolutions, même celles à petite échelle. En passant par le faux, par le faire-semblant, voilà un drôle de petit film qui devient paradoxalement plus vrai que vrai.

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par Gregory Coutaut

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