Berlinale | Critique : Moscas

Olga mène une vie très rangée, sans amis ni relations dans un immense immeuble résidentiel. Lorsqu’elle est, par nécessité financière, obligée de louer une chambre, un homme emménage avec elle et fait également entrer en cachette son fils de neuf ans dans l’appartement.

Moscas
Mexique, 2026
De Fernando Eimbcke

Durée : 1h39

Sortie : –

Note :

FINE MOUCHE

Le bourdonnement des mouches, les gémissements de la voisine qui baise, les bip-bips du sudoku sur son ordinateur et la télévision : le quotidien d’Olga est si solitaire que ce sont les seuls bruits que l’on peut entendre dans son appartement. Celui-ci se situe en hauteur, dans un immeuble, mais le fait qu’elle vive au-dessus de la ville ne signifie pas qu’elle mène une existence très différente des gens d’en bas. Olga n’est pas protégée des difficultés financières (elle doit sous-louer une chambre de son appart pour se financer une opération du pied) et, comme tout le monde, elle est emmerdée par le bourdonnement des mouches.

Restons avec ces mouches, qui donnent son titre au long métrage. Moscas s’ouvre par une scène de comédie absurde, avec Olga qui essaie tant bien que mal de se débarrasser de mouches qui se sont incrustées chez elle. C’est insupportable pour la sexagénaire, mais toute situation, selon le point de vue, recèle en elle une part de comédie. C’est ce que le Mexicain Fernando Eimbcke a bien compris avec ce nouveau long métrage, un projet mis de côté il y a 20 ans après son premier long Temporada de patos et qui est dévoilé en compétition à la Berlinale. Moscas traite de sujets graves, mais la vie même dans ses dures épreuves peut être une comédie.

D’abord exclusivement centré sur Olga (interprétée par la formidable Teresita Sánchez, vue récemment dans La Camarista, Dos estaciones ou Totem), le film effectue de réguliers glissements de protagonistes, d’elle au père à qui elle loue sa chambre puis au jeune fils de celui-ci. Tout cela s’opère avec une fluidité d’écriture particulièrement efficace. Fernando Eimbcke et sa co-scénariste Vanesa Garnica trouvent un équilibre assez miraculeux entre les différentes tonalités du film : Moscas est mignon sans être mièvre, chaleureux sans être convenu. Le film dit d’ « enfant innocent dans un monde de brutes » présente bien des pièges larmoyants : Moscas les évite tous.

Dans Moscas, par touches, on suggère l’impossibilité pour les plus pauvres de se soigner correctement. Plus frontalement, on parle de maladie touchant les membres les plus proches de la famille (ici, la mère du garçonnet). Pas des motifs particulièrement réjouissants mais, à hauteur d’enfant, le film parvient très habilement à éviter le pathos. Comment, néanmoins, se confronte t-on à de tels drames en étant trop jeune ? Moscas filme régulièrement les parties de jeu vidéo du jeune héros comme un refuge, certes fragile et futile, mais un refuge quand même. On s’y plonge littéralement, dans la scène la plus belle et émouvante du film. Il y a beaucoup de tendresse dans ce beau long métrage, même dans sa fin un peu abrupte – celle-ci a l’intelligence de ne pas verser dans un sentimentalisme superflu.

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par Nicolas Bardot

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