Mostra de Venise | Critique : Made in EU

Iva travaille dans une usine de vêtements dans la Bulgarie rurale, luttant contre une maladie persistante mais mystérieuse. Lorsqu’il est révélé qu’elle est le premier cas de Covid dans sa petite ville, la nouvelle se transforme en une interminable chasse aux sorcières.

Made in EU
Bulgarie, 2025
De Stephan Komandarev

Durée : 1h49

Sortie : –

Note :

ATTENTION DANGER TRAVAIL

Made in EU (soit « Fait dans l’Union Européenne »), c’est le message inscrit sur les étiquettes qu’Iva coud à la chaîne sur des vestes dans l’atelier semi-clandestin bondé où elle travaille. Comme si cette tâche répétitive n’était déjà pas assez aliénante et épuisante, voilà qu’Iva choppe une grosse fièvre. Pourtant la médecine du travail lui refuse un arrêt. L’action de Made in EU se déroule aux débuts de l’épidémie de 2020, au moment des masques et des thermomètres électroniques braqués sur les fronts. On l’a compris avant elle : Iva a le Covid, et c’est la toute première personne contaminée dans cette petite ville loin de la capitale.

Le malheur n’a pourtant pas décidé de s’arrêter de pleuvoir sur Iva-la-mouise. Interdite de travailler, la voilà privée de son maigre salaire. Contaminées par sa faute, ses collègues furieuses contre elle perdent également leur bonus, et l’escroc qui leur sert de chef d’atelier décide de porter plainte contre la brave Iva pour les pertes financières causés par cet arrêt de la production. Ah et son fils, malade à son tour et vert de rage, doit renoncer au dernier moment à son déménagement pour l’étranger. Cette accumulation de malheurs rappelle le relief cruel qui faisait déjà le sel du précédent film de Stephan Komandarev, Blaga’s Lessons (grand gagnant à Karlovy Vary en 2023), mais cette piste n’a finalement pas la priorité.

Dans cette chasse aux sorcières, Iva n’a pour unique allié qu’un médecin anticapitaliste. Ensemble, ils découvrent que l’atelier d’Iva sert en réalité de vitrine aux malversations financières d’investisseurs étrangers. Avec tous ces éléments narratifs, Made in EU aurait pu être un récit d’enquête palpitant ou au contraire une fable grotesque sur une ville rendue folle par l’appât du gain, mais Komandarev demeure très sagement dans la voie du milieu, celle d’un drame humain qui prend son temps et privilégie un réalisme placide à la tension du film noir. Frustrante, cette conduite accompagnée pépère finit néanmoins par retrouver son relief lorsque le film met les points sur les i en évoquant sans détour ce que le capitalisme nomme travail mais qui est en réalité de l’esclavage, et qui existe toujours bel et bien dans certains coins d’Europe.

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par Gregory Coutaut

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