Une rue du centre de Varsovie devient un kaléidoscope de la société polonaise.
Letters From Wolf Street
Pologne, 2025
De Arjun Talwar
Durée : 1h37
Sortie : –
Note : ![]()
DANS MA RUE
« Tout a commencé avec la voisine d’en face » : ce sont les mots du réalisateur, Arjun Talwar, et c’est aussi simple que cela : tout a commencé avec la voisine d’en face. Ce pourrait être le début d’une comédie, d’une romance, d’un film d’horreur parano – c’est en réalité un documentaire et ce point de départ est le plus simple qui soit. Dévoilé en première mondiale dans le cadre du Panorama de la Berlinale, distingué au palmarès du Transilvania Film Festival, Letters From Wolf Street est la chronique d’un quartier puis de bien plus, vu à travers les yeux d’un homme originaire d’Inde et vivant désormais en Pologne. Soit un pays dont la population est souvent présentée comme « homogène » mais dont Arjun Talwar fait un portrait beaucoup plus diversifié.
« La Pologne est un mystère pour moi », entend-on dans Letters From Wolf Street. Arjun Talwar décide d’en faire le portrait à travers ses invisibles : une amie originaire de Chine, un exilé syrien, un Rom. La succession d’interviews des gens qui peuplent le quartier (ici le facteur, là la bouchère) peut évoquer le documentaire Daguerréotypes réalisé par Agnès Varda il y a 50 ans. Dans la rue, un défilé fasciste, puis au contraire une Pride. Arjun Talwar dépeint ces contraires, pièces sombres et lumineuses d’un même puzzle humain. « Pourquoi on est là ? Je suis sûr qu’il y a une raison ».
Si le long métrage peut de temps à autre frôler l’anecdote, il parvient néanmoins à poser de bonnes questions. D’où vient la peur du voisin ? Comment parvenir à s’intégrer en tant qu’immigré, tout en conservant sa propre personnalité et son désir légitime de se rebeller, d’être différent ? Est-il possible de faire les deux à la fois ? Arjun Talwar compose un récit à la fois tendre et amer sur l’identité, sur ce qui relie individus et communauté, dans une société qui n’est jamais aussi figée que dans les imaginaires étriqués des politiques réactionnaires.
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par Nicolas Bardot
