Mostra de Venise | Critique : Les Indes

Alejandro, jeune noble espagnol, est chargé d’acheminer jusqu’à Louis XIV, encore enfant, le portrait de l’infante d’Espagne, destiné à sceller l’alliance entre les deux couronnes. Fasciné par les promesses du Nouveau Monde, les terres à conquérir et les nouvelles routes marchandes, il est escorté dans sa mission par deux soldats français. À mesure que le portrait avance, les trois hommes s’enfoncent dans une Europe ravagée par les guerres et les révoltes. Le voyage vers la cour de France est long et difficile, et le chemin pour retrouver la civilisation et le monde moderne naissant est incertain.

Les Indes
Suisse, 2026
De Pauline Julier & Nicolas Chapoulier

Durée : 1h21

Sortie : –

Note :

PETIT PAYS

Les décors traversés dans Les Indes sont superbes, et la nature qui y est filmée est particulièrement cinégénique. Ce sont les terres parcourues par les protagonistes de ce premier long métrage réalisé par le duo suisse Pauline Julier et Nicolas Chapoulier, mais attention : la beauté des paysages ne peut pas complètement occulter les dangers encourus. Sur une carte du monde que l’on voit au cours du film, des créatures aussi fabuleuses qu’effrayantes sont dessinées. Il n’y a pas de tels monstres dans Les Indes, mais ses personnages qui, au XVIIe siècle, doivent voyager de l’Espagne à Versailles, risquent néanmoins leur vie dans un pays livré au chaos.

Dévoilé dans la compétition Giornate Degli Autori à la Mostra de Venise, Les Indes plonge le récit historique dans les codes du western. Les lieux sont désolés par la guerre, au point que le long métrage semble aussi emprunter aux codes d’une SF post-apocalyptique. Le traitement moderne de cette histoire ancrée dans le passé brouille les frontières entre hier et aujourd’hui. Les Indes dépeint un monde brutal et déshumanisé, un monde où les classes sociales déterminent si les vies valent quelque chose ou rien du tout – tout cela a lieu il y a 4 siècles mais ces dynamiques demeurent tout à fait actuelles.

La caméra flotte dans la nature et parfois les protagonistes semblent perdus. Là où ils se dirigent est-il là où ils veulent aller ? Les reliefs spectaculaires sont vus de loin, et le contraste d’échelle entre le minimalisme narratif et l’aventure extraordinaire fonctionne particulièrement bien dans Les Indes. L’économie dont Pauline Julier et Nicolas Chapoulier est payante, qu’il s’agisse de la beauté radicale avec laquelle le monde est observé, ou de la cruelle sécheresse avec laquelle les personnages sont traités. Au fil de ce récit concis (moins d’une heure trente) demeure un voile de mystère, d’absurde et d’arbitraire qui régit les vies, là où les plus puissants pensent pouvoir tout domestiquer.

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par Nicolas Bardot

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