Festival de Cannes | Critique : Les Crimes du futur

Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux se manifeste : ils veulent profiter de la notoriété de Saul pour révéler au monde la prochaine étape de l’évolution humaine…

Les Crimes du futur
Canada, 2022
De David Cronenberg

Durée : 1h47

Sortie : 25/05/2022

Note :

LA CHAIR EST TRISTE

Il ne s’était jamais écoulé autant de temps entre deux longs métrages de David Cronenberg : 8 ans séparent en effet Maps to the Stars et ces Crimes du futur. Les Crimes du futur est un ancien projet du cinéaste qui a écrit le scénario à la fin des années 90. Dire que cela ne se voit pas serait mentir ; Les Crimes ressemble moins à la dernière partie de sa filmographie qu’au body horror présent de manière plus ou moins intense dans son œuvre pré-21e siècle. C’est un retour à l’essence de Cronenberg ? Mais le retour organique, à nos yeux, est une déception.

De Vidéodrome à eXistenZ, le film peut proposer un efficace jeu de citations. On laissera néanmoins à d’autres le soin de louer ce film-somme auto-réflexif : Les Crimes du futur nous a avant tout donné l’impression d’un épuisement total de l’inspiration. Les motifs à-la-Cronenberg sont dispersés dans un film amorphe, comme des marques. Mais comment réussir à surprendre, perturber et troubler comme le cinéaste a pu le faire à ses meilleures heures tout en obéissant de manière confortable, rassurante et bourgeoise à une formule ? Ce Cronenberg en vitrine manque de risque et de danger.

En parlant de vitrine et de musée : ce n’est certes pas le sujet premier du film mais sa vision de l’art contemporain et de la performance, comme un lieu interlope d’entre-soi à frissons dans des sous-sols où l’on regarde caché derrière son loup, est d’un vieillot aux portes du ringard. S’il y a de la malice, celle-ci peine à transpercer la surface du film. Les mottos cronenbergiens (« body is reality ») sont transmis comme des fiches de lecture. On a le sentiment que ce long métrage automatique, Cronenberg pourrait le réaliser dans son sommeil. Plus qu’à un fascinant mauvais rêve, le film ressemble davantage à une pénible insomnie.


>> Les Crimes du futur est sélectionné en compétition

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par Nicolas Bardot

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